Le 10 septembre 2008, à Zurich, à l’occasion de son premier match à domicile à l’enseigne des qualifications pour la Coupe du monde 2010, l’équipe de Suisse – qui avait fait 2-2 quatre jours plus tôt en Israël – s’était inclinée 2-1 devant le Luxembourg. Un ratage mémorable qui avait suscité de gros remous, mais que le nouveau sélectionneur Ottmar Hitzfeld, sur son autorité et sur le crédit conféré par un riche palmarès d’entraîneur de clubs, avait réussi à convertir en élan général pour la suite. Le mois suivant, les Suisses avaient alors pris six points, face à la Lettonie (2-1), puis en Grèce (2-1). Le train pour l’Afrique du Sud était lancé. Deux ans plus tard, s’il ne vient à personne l’idée de reprocher aux Suisses une défaite face à cette Angleterre requinquée, c’est le vide persistant constaté au niveau du jeu, ainsi que certaines options, qui jette un voile sur l’avenir.
«On peut témoigner de respect lors des premières minutes. Mais on n’a pas le droit de laisser jouer les Anglais comme nous l’avons fait.» Hier matin, Hitzfeld évoquait une agressivité défaillante. Il est vrai que les joueurs suisses ont été dominés sur le plan athlétique comme rarement. Mais il n’y a de loin pas que ça.
Trop frileux
En réalité, ils ont pris une leçon globale – technique en mouvement, vitesse, précision, engagement, à l’image notamment du superbe Gerrard à mi-terrain – qu’ils ne sont pas près d’oublier. Au-delà des manques individuels, qui renvoient à la formation et à ce travail de base qu’il convient sans cesse d’affiner, la responsabilité du coach est engagée.
Dans la continuité de ce qu’il a proposé au Mondial, avec une orientation résolument défensive – succès heureux et sans réelle signification face à l’Espagne; puis impéritie crasse face au Honduras –, Ottmar Hitzfeld n’a jusque-là pas réussi à revigorer son groupe. Mais le souhaite-t-il vraiment?
Si le secteur médian conditionne largement la bonne marche d’une équipe, on ne peut pas dire qu’il a trouvé la panacée. «Inler et Schwegler seront toujours de la partie à Podgorica (ndlr: au Monténégro, le 8 octobre). Ils ne m’ont pas déçu, même si j’avais espéré davantage d’audace dans leur jeu.»
S’il avait abandonné un instant sa rigidité tactique, et pour tout dire sa frilosité, le coach allemand aurait pu, par exemple, placer Margairaz dans l’axe, avec Shaqiri côté gauche, pour davantage de variété et de solutions dans le jeu vers l’avant. «Il a apporté son culot et son insouciance. Mais aurait-il témoigné du même allant s’il avait joué d’entrée?» s’interrogeait-il à propos du jeune buteur helvétique.
Difficile à comprendre
Une remarque difficile à comprendre. Mais qui renvoie à ce qu’on croit percevoir depuis quelques mois. A savoir qu’à force d’insister sur le potentiel limité de cette équipe, Hitzfeld a fini par convaincre ses joueurs du bien-fondé des barricades. Mais lorsqu’elles explosent après dix minutes, c’est le désarroi qui saute aux yeux du public.
Pour un sélectionneur en charge de la Suisse, la marge de manœuvre est forcément réduite. Encore convient-il de l’exploiter pleinement. Dans son malheur du moment, la Suisse a la chance de faire partie d’un groupe plutôt ouvert et abordable… derrière l’Angleterre.
Elle doit donc s’inscrire dans la course pour une place en barrage. Laquelle passe par un résultat positif au Monténégro. Il s’agira donc de composer avec les inquiétudes actuelles – le rendement du capitaine Frei par exemple – avant d’envisager une réforme plus profonde. Pour autant qu’elle arrive un jour!