L’attente était énorme, démesurée, comme l’est ce duel atypique entre la petite Suisse et les Etats-Unis. Un affrontement technologique sans précédent, mais aussi humain, entre deux équipages affûtés pour faire plier l’autre.
Toutes les prévisions se rejoignaient dimanche soir pour affirmer que cette journée de lundi serait parfaite pour régater. Le petit temps devait aussi avantager le catamaran plus léger d’Alinghi face au mastodonte ailé de BMW Oracle.
Partis à 6?h?30, les deux bateaux se sont rendus en deux heures sur la ligne de départ, fixée au large à 40?km du port de Valence. Sept heures et demie plus tard, sous une pluie battante et dans le froid, les marins apprenaient que la régate ne pourrait pas être lancée. «Le comité de course a pris la bonne décision. Les airs étaient beaucoup trop instables pour que la course soit régulière», souligne-t-on chez BMW Oracle.
Neuf heures sur l’eau pour rien. Cette 33e Coupe de l’America démarre mal. Après la longue bataille juridique depuis juillet 2007, c’est la première fois que les deux adversaires se retrouvaient sur l’eau pour une compétition. Tout le monde savait que la météo du mois de février à Valence n’était pas idéale pour naviguer. Les Américains espéraient pourtant tirer profit de conditions plus musclées pour leur puissant trimaran. Pas certain que ce choix se révèle judicieux dans les jours à venir.
Le souvenir d’Auckland
A quelques jours des Jeux olympiques de Vancouver, qui monopolisent l’attention des médias du monde entier, le duel de la 33e Coupe de l’America risque de souffrir de la concurrence. «On espère que cela ne durera pas trop longtemps, car la production des retransmissions télévisées, avec les heures d’hélicoptère et d’avion notamment, va nous coûter très cher. Comme nous avons offert les droits aux chaînes, nous n’avons pas de rentrées d’argent», admet le manager de TWI, le diffuseur officiel de la Coupe à Valence.
Rentré d’une longue journée en mer, l’architecte d’Alinghi Rolf Vrolijk se montrait fataliste à son retour au port. «Pour les régates, il faut du vent, on le sait. En 2003, à Auckland, il avait fallu trois semaines pour disputer les cinq régates du Match de la 31e Coupe entre Alinghi et Team New Zealand. On a encore du temps devant nous et l’équipage connaît les règles du jeu. Il est prêt à repartir sur l’eau mercredi. On aura peut-être plus de chances. Ce lundi, le vent d’Ouest était beaucoup trop instable sur la zone de course, en force comme en direction.»
Une compétition qui consacre le vainqueur après deux manches doit être gérée avec rigueur pour garantir sa régularité.