L’un des aspects les plus intéressants d’une nouvelle saison de F1 est immanquablement la découverte des comportements de chacun. Le bla-bla de l’hiver terminé, les discours politiquement corrects s’effacent devant l’imminence de l’action. La vérité guette, avec les premiers chronos, et la tension monte. Même si les plus forts s’efforcent de ne pas le montrer. Plus que la première journée d’essais d’hier, qui n’a rien dévoilé (meilleur temps pour Rosberg, devant Hamilton et Schumacher) dans la touffeur du désert d’Al Sakhir (33?degrés à l’ombre des stands, 43 degrés sur la piste), la conférence de presse de la veille fut un modèle du genre.
«UN PLUS»
Lors de ce premier grand déballage, il n’y en avait évidemment pas que pour Michael Schumacher. Les «McLaren Boys» Lewis Hamilton et Jenson Button, au 2e?rang, en profitaient pour rigoler entre eux comme deux collégiens farceurs. Felipe Massa buvait littéralement les paroles du «frère», ex-coéquipier et maître qu’est pour lui Schumi. Quant à Fernando Alonso, il avait déjà repris cet air ombrageux du danseur de flamenco à qui on vient de marcher sur les pieds. Avec le temps et ses deux titres mondiaux, «Nando» a appris à composer. Visiblement, l’attention dévolue au septuple champion du monde de retour lui restait en travers de la gorge, mais il ne se déroba pas: «C’est sûr, le retour de Michael est une surprise. Mais c’est un plus pour tout le monde: gagner une course ou un championnat quand il est aussi en piste donne davantage de valeur au succès…»
DES SIMILITUDES
Ses yeux bruns perdus dans le vague, sous de gros sourcils charbonneux, un vague sourire à peine esquissé, Alonso avait surtout l’air de dire «causez toujours, on se reverra dimanche sur le podium». Visiblement, tout se passe comme s’il s’était déjà imposé comme le nouvel homme fort de la Scuderia Ferrari. Schumi et Alonso ont ceci en commun qu’ils comptent chacun deux victoires à Sakhir. Et à la question de savoir ce qu’ils attendaient de ce week-end, ils donnèrent la même réponse, sans se concerter: un troisième succès. Tous les deux abordent aussi un nouveau défi au sein d’une autre équipe. Leur rapidité d’intégration sera probablement l’une des clés de la saison. «Nous sommes bien préparés, reconnaît l’Espagnol, mais notre but est d’être champion du monde en novembre, pas de dominer le mois de mars…»
UNE AUTRE SAVEUR CHEZ FERRARI
Fernando Alonso faisait ainsi allusion au fait que les essais, avec l’interdiction des ravitaillements et la présence au départ de monoplaces désormais dotées de réservoirs de 220?litres, sont plus difficiles que jamais à déchiffrer. Qui a roulé avec quelle charge de carburant? Bien que cela ne soit pas la force première des grands pilotes, Alonso a appris la patience. «Pour l’instant, je mets Ferrari, Mercedes, Red Bull et McLaren au même niveau», s’avance-t-il tout de même. Conscient du fait que l’aventure ne fait que commencer et qu’elle est appelée à prendre une autre dimension. «Mon père m’a toujours dit que je pouvais gagner encore et encore, mais que cela n’aurait jamais le même impact si je le faisais au volant d’une Ferrari. Alors voilà: je suis prêt…»