En tapant «Nyon» dans le moteur de recherche Google, pas moyen d’y échapper. La news qui a fait parler de la ville loin à la ronde, hier, c’est le tirage au sort des quarts de finale, des demi-finales et des finales des deux coupes interclubs organisées par l’UEFA: la prestigieuse Champions League et sa petite sœur, l’Europa League. Récit d’une matinée fort médiatisée sur les rives du Léman.
8?heures La Maison européenne du foot s’éveille. Les voitures de ses employés s’engouffrent dans le parking souterrain. Mis à part quelques camions de production TV et des antennes satellites déployées vers le ciel, rien ne semble indiquer que le siège de l’UEFA sera d’ici à quatre heures au centre de l’intérêt médiatique.
8?h?15 Tiré à quatre épingles dans son costume officiel, griffé UEFA, Antonio Giachino a la poignée de main ferme, mais l’esprit déjà un peu ailleurs. Le grand pilote des opérations du jour, c’est lui. Il nous emmène dans son antre, à deux pas du plateau où les mains innocentes d’Emilio Butragueño et d’Uwe Seeler piocheront les fameuses petites boules contenant les noms des clubs. Pour l’heure, ce matériel est soigneusement aligné, en deux exemplaires, sur une modeste table. «Peu de monde entre ici, lance-t-il en guise d’avertissement. J’exige d’être seul et au calme pour une préparation minutieuse, même pour un tirage simple comme ce matin.» Hier, en effet, pas de tête de série, ni de protection nationale (Français et Espagnols en feront les frais). «Cela me fait 56?boules à fermer. En début de saison, à Monaco, j’ai un millier de sphères à préparer.» Pour un tel tirage sans contrainte, l’UEFA se passe des services d’un huissier. Sinon, chaque tirage donne lieu à un audit par Ernst & Young, rien de moins.
9?heures Un petit coup de chiffon est donné sur «la» coupe afin qu’elle brille. «Chaque détail compte, relève Antonio Giachino. Un tirage au sort, cela se prépare comme toute chose qui doit être traitée avec amour et délicatesse.» Les officiels s’apprêtent à procéder au premier tirage pour beurre. Mais cette répétition générale se tiendra à huis clos. «Imaginez que l’on sorte les mêmes équipes entre la répétition et le vrai tirage. On nous soupçonnerait de tricher, souligne un porte-parole. Le mieux c’est de le faire en secret.»
11?h?30 A l’extérieur, rien ne trouble la quiétude lémanique. Mais dans les couloirs, l’ambiance se teinte d’impatience et d’un rien d’anxiété. Comme avant un examen. Les staffs lyonnais et bordelais se chambrent autour d’un café, tandis que Luis Figo devise avec les dirigeants du FC Barcelona.
11?h?55 L’auditorium s’est rempli sans besoin de battre le rappel. Dirigeants au centre, journalistes et officiels sur les ailes, le spectacle peut commencer. Deux minutes avant que le compte à rebours n’atteigne le zéro, c’est déjà le silence absolu. Un instant de recueillement avant que ne s’écrive l’histoire, celle de la Champions League 2009-2010.
MIDI PRÉCIS L’hymne officiel de la compétition ouvre la cérémonie. Premières boules et premières émotions dans la salle: Emilio Butragueño vient de concocter un duel fratricide franco-français.
12?h?20 Le moment fatidique est passé. Les représentants des clubs sont happés par la foule de journalistes qui attendait hors de l’auditorium. Qu’ils le veuillent ou non, il leur incombe de commenter l’instant de hasard auquel on vient d’assister. Duplex en direct, forêts de micros, caméras virevoltantes, c’est l’effervescence dans le hall jusque vers 13?heures, alors que débute le tirage de l’Europa League.
13?h?30 Le calme est revenu dans la Maison du football. Alors que les représentants des clubs profitent de l’après-midi pour régler des problè-
mes logistiques, les travailleurs de l’ombre reprennent leur boulot. Un groupe de jeunes gens en short revient du stade de Colovray. Ils viennent de taper dans le ballon, pour jouer, pour se détendre. Tiens, on avait presque oublié que c’est aussi ça, le football.
Coup de froid sur l’imposante délégation française
France Inter, Europe 1, Eurosport et bien d’autres. Les véhicules des médias français étaient bien visibles sur le parking de Colovray, à deux pas de la Maison du football. Et l’accent de l’Hexagone résonnait majoritairement dans les couloirs du siège de l’UEFA. Il faut dire que ce n’est pas tous les ans que le foot français place deux des siens au stade des quarts de finale. Avant le tirage, chacun de nos confrères journalistes établit son petit scénario idéal pour espérer être du voyage à la finale de Madrid, le 21 mai, pour accompagner un club français.
Ces spéculations ont vite été anéanties. Des Girondins de Bordeaux et de l’Olympique Lyonnais, un seul des deux clubs poursuivra l’aventure au-delà du 7 avril. Président bordelais, Jean-Louis Triaud serre les dents. «Bon, on se débarrasse de la corvée média et on file», glisse-t-il loin des micros.
Pas si simple. Journalistes et photographes ont besoin de lui. Le sourire du président réapparaît devant les caméras, même lorsque, pour la chaîne Al Jazeera, il est invité à empoigner le trophée tant convoité en même temps que son homologue Aulas, de Lyon. Celui-ci a su voir le verre à moitié plein: «Au moins, il y aura un club français en demi-finale.»
Le tirage
LIGUE DES CHAMPIONS
QUARTS DE FINALE:
Lyon - Bordeaux.
Bayern - Manchester United.
Arsenal - FC Barcelone.
Inter Milan - CSKA Moscou.
Matches aller, 30 et 31 mars. Retour, 6 et 7 avril.
DEMI-FINALES:
Bayern Munich/Manchester - Lyon/Bordeaux.
Inter Milan/CSKA Moscou - Arsenal/FC Barcelone.
Aller, 20 et 21 avril. Retour, 27 et 28 avril. Finale le 22 mai à Madrid.
EUROPA LEAGUE
QUARTS DE FINALE:
Fulham - Wolfsburg.
Hambourg - Standard de Liège.
Valence - Atletico Madrid.
Benfica - Liverpool.
Aller, 1er avril. Retour, 8 avril.
DEMI-FINALES:
Hambourg/Standard de Liège Fulham/Wolfsburg.
Valence/Atletico Madrid - Benfica/Liverpool.
Aller, 22 avril. Retour, 29 avril. Finale le 12 mai à Hambourg.