FORMULE 1

Alonso prend ses marques et plante ses banderilles

Par MARIO LUINI BAHREÏN le 15.03.2010 à 00:01

Heureux comme jamais, l’Espagnol a remporté le GP de Bahreïn pour sa première course avec Ferrari. Schumi 6e, Buemi et les Sauber out.

On a rarement vu Alonso exulter de cette façon, lançant ses bras au ciel hors du cockpit de sa Ferrari lancée encore à plus de 200?km/h, sous le drapeau à damier et le mur des mécaniciens de la Scuderia Ferrari agrippés aux grillages pour manifester leur joie. Puis, à sa descente de voiture, dans le parc fermé, les deux poings serrés. Et enfin sur le podium, avec à peine un peu plus de retenue. Avant de s’offrir, pour terminer, une douche de (faux) champagne à l’eau de rose – sans alcool, protocole oblige – en se renversant le magnum sur la tête.

Troisième sur la grille de départ, derrière la Red Bul-Renault d’un formidable Sebastian Vettel et l’autre Ferrari de son équipier Felipe Massa, Alonso a vite remis les pendules à l’heure, débordant le Brésilien en lui faisant l’extérieur dans le premier virage, pour se lancer aussitôt à la poursuite de Vettel. Mais le jeune Allemand n’était pas décidé à l’attendre. «En début de course, avec les pneus tendres, Vettel était plus rapide, admettait Alonso. Mais quand on a changé pour les pneus durs, la tendance s’est inversée.»

Vettel trahi
De fait, l’avance de l’Allemand se réduisait progressivement, laissant supposer une fin de course plus intéressante que la première partie: avec l’interdiction de ravitailler et des voitures très lourdes, les pilotes conduisaient visiblement «sur des œufs» pour préserver pneus et freins. C’est alors que le sort s’en mêla, sous la forme d’un échappement défaillant sur le V8 Renault de la monoplace de tête. C’était l’ouverture qu’Alonso guettait, il ne lui fallait pas longtemps pour s’engouffrer dans la brèche, suivi comme son ombre par Massa, puis par la McLaren-Mercedes d’Hamilton, bien que nettement distancé, et qui venait encore arracher la 3e?place à Vettel, le grand battu de la journée.

«J’ai eu la chance que Vettel connaisse un problème, reconnaissait Alonso. Nous étions plus rapides, mais ça n’aurait peut-être pas suffi. Cette année, les Grands Prix risquent de se jouer aux essais et dans les 100 premiers mètres», analysait-il.

Massa entre joie et regret
C’est parce qu’il était moins bien parti, placé sur la partie gauche, plus poussiéreuse, de la piste, que Massa se retrouva débordé par Alonso à la sortie du premier virage, obligé de s’incliner. Le petit Brésilien était à la fois soulagé par cette 2e?place, qui achève de lui faire oublier les séquelles de son accident, et déçu d’avoir dû s’incliner immédiatement devant le nouveau venu. «Mais je n’ai encore jamais terminé aussi bien placé le premier GP de la saison, c’est donc de bon augure», se consolait-il.

Schumi «ami et rival»
Pour Ferrari, la fête était totale avec ce 80e «doublé», acquis après une matinée torride, lorsque les mécaniciens durent se jeter corps et âme dans le changement des deux moteurs de Massa et Alonso. «Un stress et une pression énormes pour tout le monde, admettait Alonso, mais la décision était la bonne. Ils ont fait un boulot fantastique, ils méritaient cette victoire». Un triomphe que l’Espagnol n‘est pas près d’oublier. «Gagner pour la meilleure équipe du monde, et dès ma première course avec elle, c’est quelque chose de vraiment très spécial», résumait-il.

Le fait que Michael Schumacher ait dû se contenter de la 6e?place pour son retour sur Mercedes (à 4?secondes seulement de son équipier Rosberg) ne faisait qu’ajouter à la satisfaction du clan de Maranello. «Michael est toujours un ami, mais c’est un rival maintenant», remarquait Stefano Domenicali, le «boss» de la Scuderia. Et les rivaux, on les préfère battus.


 

La déroute des Suisses

Si Bahreïn a souri au rouge de Ferrari, il n’a guère porté chance à celui de la Suisse: ni les deux Sauber de Kobayashi et de La Rosa ni Sébastien Buemi n’ont vu l’arrivée de ce premier GP! Alors que les deux monoplaces d’Hinwil ont été arrêtées par une défaillance du système hydraulique, c’est une vraisemblable panne électrique qui a stoppé net les efforts du Vaudois, à trois tours de l’arrivée.

Beaucoup soupçonnaient cependant une panne sèche, une mésaventure qui revient d’actualité avec l’interdiction des ravitaillements. «Le moteur s’est arrêté d’un seul coup, sans prévenir», admettait Buemi. Consolation: il n’était plus en lice pour marquer des points: 15e sur la grille de départ, le Vaudois était mal parti, retombant dans le peloton. Il en était ressorti au prix d’une course opiniâtre, appliquée, et en changeant de pneus plus tard que ses rivaux, ce qui l’avait ramené dans le top 10. Mais il payait cette tactique ensuite, car les autres avaient pris trop d’avance. Il roulait alors vers une 14e?place loin de correspondre à ses attentes — derrière son équipier Alguersuari — lorsque sa machine s’immobilisa. Après la panne hydraulique qui lui fit perdre la moitié de la journée du vendredi, c’était une nouvelle désillusion. Revanche à Melbourne, dans deux semaines.

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