VOILE

Alinghi prépare le duel sereinement

Par PIERRE NUSSLÉ GÊNES le 26.08.2009 à 00:03

Une journée d’entraînement au large de Gênes avec le maxi-catamaran suisse. Reportage.

Ils se sont levés à six heures du matin pour aller naviguer en mer. A Gênes, le camp de base d’Alinghi ne ressemble pas au Club Med. L’équipe météo avait annoncé une brise idéale pour l’entraînement. Une «fenêtre» qu’il ne fallait pas rater, car durant cet été caniculaire les airs sont plutôt rares. Douze personnes à bord d’Alinghi 5, pas une de plus. Le poids est l’ennemi de la performance sur un catamaran. Et les ingénieurs ont poussé la recherche très loin en supprimant les «moulins à café» remplacés par un système hydraulique actionné par un moteur thermique à essence placé dans une petite boîte blanche fixée à l’arrière du bateau. Plus besoin de wincheurs aux bras noueux pour hisser la grand-voile, enrouler le génois ou remplir les ballasts. On appuie sur un bouton et hop, ça marche! Mais le bruit du moteur n’est pas ce qu’il y a de plus romantique dans la voile.

Rien à voir avec la goélette America de 1857! Aujourd’hui, les ingénieurs, architectes et constructeurs puisent dans de multiples logiciels informatiques pour concevoir une «machine de guerre» toujours plus sophistiquée. Alinghi 5, c’est un concentré de la technologie navale du XXIe siècle.

Ne pas brûler les étapes
Rolf Vroljick, l’architecte des deux Class America d’Alinghi vainqueur de la Coupe en 2003 et 2007 n’avait jusqu’ici dessiné que des monocoques. «Ce nouveau challenge du multicoque m’a ouvert des horizons que je n’imaginai pas auparavant», lance Vroljick, qui va souvent sur le bateau avec Dirk Kramers, l’ingénieur en chef, pour écouter respirer le «bébé».

«Le bateau appartient encore au design team qui explore les moindres détails de toutes les structures et des pièces du gréement», souligne Pierre-Yves Jorand, coach de l’équipe d’Alinghi. «Depuis que nous sommes à Gênes, nous avons rencontré des conditions de navigation assez changeantes, légères ou plus fortes. On a ainsi pu travailler sur plusieurs éléments liés à la performance du catamaran.»

Le temps passe vite. Dans cinq mois, Alinghi 5 devra être sur la ligne de départ au côté du trimaran de BMW Oracle pour la première régate (un parcours de 35?km aller et retour). «Il nous reste beaucoup de choses à régler dans le processus de préparation. On ne peut pas brûler les étapes», poursuit Jorand. «On a la chance de pouvoir nous appuyer sur une équipe très soudée. Le fonctionnement global reste le même que lors des deux précédentes America’s Cup, sauf que l’outil de travail est différent. Mais nous avons dans le team des spécialistes du multicoque comme Alain Gautier et Loïck Peyron qui nous amènent leur expérience de ce genre d’engins surpuissants.»

Surchauffe à bord
Jusqu’en février, c’est donc un bateau en constante évolution qui va poursuivre sa préparation à Gênes, puis dans les émirats.

«On ne maîtrise pas la puissance d’un catamaran de 30?m en quelques semaines, dit encore Pierre-Yves Jorand. Par sa surface de voile et sa dimension, les efforts sont énormes. Je navigue au chariot de GV. Dans les manœuvres, les frottements provoquent une surchauffe du winch tant la traction est forte sur le cordage. Il faut être vigilant et ne pas mettre tes doigts n’importe où. La sécurité est omniprésente à bord. Et comme on commence à pousser un peu la monture, ça devient vite plus compliqué.»

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