Lac ou montagne? Pour les derniers beaux jours de l’été, pas besoin de faire ce choix cornélien. Il est possible de profiter des deux à condition d’avoir le pied sûr et de ne pas craindre le vide.
Cet endroit béni des dieux, c’est la Dent-d’Oche qui culmine à 2222?mètres d’altitude sur le versant français. Une pyramide de calcaire, une sorte de Cervin en miniature, qui domine le lac Léman, offrant un point de vue unique de Genève à Villeneuve et, de l’autre côté, un panorama grandiose sur l’ensemble du massif du Mont-Blanc
Pour y parvenir, il faut prendre la direction d’Evian, puis de Neuvecelle prendre la route qui mène à Bernex avant de parquer, un peu plus haut encore, devant le Restaurant La Fétiuère situé à 1210?mètres d’altitude. Comptez deux heures depuis Lausanne. De là, un chemin rocailleux s’élève progressivement dans la forêt avant d’atteindre les chalets d’Oche (1650 m) où l’on peut déguster et acheter de bons fromages de l’alpage.
Les choses sérieuses peuvent alors commencer. Le chemin s’élève très rapidement dans les contreforts de la Dent par une série de grands lacets. Très vite, on atteint le passage-clé du parcours, la montée d’une cheminée équipée de chaînes. C’est plus spectaculaire que difficile, sauf par temps humide où la roche devient très glissante. Dans tous les cas, il faut être équipé de bons souliers de marche. En haut de cette cheminée apparaît le refuge (2114?mètres d’altitude), un véritable nid d’aigle posé sur un piton tout près du sommet. Il est atteint après deux bonnes heures de marche au total. Les bons montagnards de la région y grimpent en un peu plus d’une heure!
Quant au sommet, il n’est plus très loin, quinze minutes d’effort. Après le passage d’une grande dalle, équipée elle aussi de chaînes, le sentier serpente sur une arête spectaculaire avant d’arriver au point culminant.
A couper le souffle
L’instant est magique avec une vue complètement dégagée sur l’ensemble du Léman, de Genève à Villeneuve. C’est aussi l’occasion d’embrasser en un regard tout le canton de Vaud. La réserve des Grangettes, Villeneuve, Montreux, Vevey, Saint-Saphorin, le Dézaley, le lac de Bret, Lausanne, Morges et La Côte. Dans le lointain, on distingue également le lac de Neuchâtel.
Même les habitués du coin restent de très longues minutes à admirer en silence ce paysage unique. A l’instar d’Yvon et de Serge, deux électriciens de Thonon qui font souvent le déplacement. «Après le boulot, on se fait une petit Dent-d’Oche. Ici on a un très beau terrain de jeu tout près de chez nous.»
Alors que le soleil commence doucement à tirer sa révérence, il est temps de regagner le refuge, juste en contrebas. L’occasion aussi de rencontrer les gardiens de la cabane, un couple étonnant. Elise Cupelin Sherpa et Pasaang Sherpa ont repris le refuge en juin dernier après avoir travaillé de longues années au lac Blanc, près de Chamonix.
Ici, l’ambiance est clairement népalaise grâce au talent de Pasaang Sherpa. A midi, on y mange des momos, des raviolis à la viande, et, le soir, c’est le traditionnel dhal bhat (lentilles et riz) présenté avec des légumes et de la viande.
«On fait notre pain ici et on va chercher le fromage à l’alpage des chalets d’Oche.» Elise est étudiante en psycho et en musique. Elle a aussi de beaux projets pour l’année prochaine. «On compte projeter des films de montagne et on songe à organiser des concerts de musique baroque. Quand il y a de l’orage, c’est encore plus beau ici. Il y a des couleurs incroyables, des verts, des gris d’une fabuleuse intensité.»
A l’aube, le lendemain, le temps est magnifique. Il serait dommage de ne pas profiter du lever du soleil. Juste le temps de passer sur les dalles, de longer la crête, et nous voilà à nouveau au sommet. L’ombre de cette magnifique pyramide commence à se détacher en direction de Genève et le paysage apparaît avec une netteté incroyable. Pas besoin de chercher plus loin l’antichambre du paradis.
Pour revenir à la voiture, il est possible de faire une boucle pour éviter un aller-retour. Ou de prendre le chemin des crêtes avant de replonger directement sur La Fétiuère. Depuis le sommet de la pointe de Pelluaz, il est alors possible d’admirer la face sud de la Dent-d’Oche qui apparaît plus massive sous cet angle-là. Cette balade peut se terminer de la plus belle manière avec un arrêt au Restaurant La Fétiuère, l’occasion aussi de déguster de délicieux beignets de pomme de terre à des prix très doux grâce à la chute de l’euro.
Pratique
Au refuge de la Dent-d’Oche, la demi-pension coûte 42?€ avec petit-déjeuner. (17?€ la nuitée et 25?€ le repas du soir). A midi, on peut manger des momos, raviolis à la viande, pour 8?€ et une tarte au fruit pour 4?€. Le refuge compte 76 lits. Téléphone +33?4?50?73?62?45, refugedentdoche@live.fr
Bouquetins placides
L’endroit est connu, loin à la ronde, pour accueillir un nombre incroyable de bouquetins (les étagnes avec leurs petits encore duveteux) peu farouches. Ils viennent tranquillement jusqu’à la porte du refuge et, près du sommet, il faut presque les chasser pour pouvoir continuer son chemin.
Gardiens étonnants
Elise Cupelin Sherpa et Pasaang Sherpa, sont les nouveaux gardiens du refuge. Ils se sont mariés l’an dernier. Ils vont rester en cabane jusqu’à la fin septembre si le temps le permet. Après, ils repartiront sans doute au Népal pour quelques mois avant de revenir, ils en rêvent déjà, l’an prochain au refuge de la Dent-d’Oche