Quelle est la plainte la plus fréquemment entendue en médecine générale? Quelle est l’une des principales causes d’arrêt de l’activité professionnelle? De quoi souffre actuellement près d’un tiers de l’humanité? Réponse: le mal de dos. Et le plus étonnant pour cette pathologie si répandue, c’est qu’un diagnostic précis ne peut être posé que pour un quart des patients se plaignant de douleurs dorsales. Pour les autres, il n’y a souvent pas d’explication précise.
«Une consultation pour mal de dos requiert d’abord une écoute de qualité, suivie d’une analyse corporelle», affirme le Dr Carlo Fritsch, spécialiste lausannois en médecine physique et en réhabilitation.
«Il s’agit de voir quelle est la personne derrière la plainte. Car nous ne sommes pas égaux devant la douleur. Chacun réagit différemment. Par le biais de la douleur, une personne transmet un désarroi, une difficulté, des tensions, l’angoisse de perdre son emploi, ou exprime une souffrance d’ordre purement mécanique. Il s’agit d’apprécier ce qui relève du corps physique, du contexte psychologique et de l’environnement social.»
Selon les cas, le médecin prescrit des examens radiologiques. «Ils constituent la base, mais ne disent cependant pas tout. Certains patients ne souffrent pas alors que les radios montrent des lésions et d’autres se plaignent alors que les images ne révèlent rien d’anormal.» Des études montrent que jusqu’à 40% des individus de moins de 40?ans ont une hernie discale sans présenter des symptômes.
L’examen physique du patient consiste à voir comment la personne utilise son corps, à identifier quelles sont les postures ou les mouvements susceptibles de provoquer une surcharge pour la colonne vertébrale. «Lorsque j’observe aujourd’hui les gens dos rond devant leurs ordinateurs ou quasi pliés en deux en train de rédiger des SMS, je répète: il faudrait enseigner à chacun l’hygiène posturale», estime le Dr Fritsch. Celle-ci implique notamment d’alterner les positions tout au long de la journée.
Lorsque la prise en compte des dimensions psychologique et sociale, les exercices et les médicaments anti-inflammatoires ne viennent pas à bout des douleurs, le médecin envisagera des stratégies antidouleur plus poussées, comme des infiltrations, la stimulation médullaire (implantation d’un appareil sous la peau qui empêche le signal douloureux d’arriver au cerveau) ou la pompe à morphine.
Une intervention chirurgicale n’est envisagée qu’après l’échec d’un traitement conservateur correctement conduit et face à un diagnostic précis (lire ci-dessous).
Opérer en dernier ressort
Les opérations du dos sont de plus en plus pratiquées. Cependant, l’option chirurgicale pour venir à bout des maux de dos ne devrait être envisagée qu’en dernier ressort. «Le taux de réussite des interventions sur le dos se situe entre 50 et 90%, selon les techniques utilisées et, surtout, selon la précision du diagnostic posé avant», explique le professeur Dante Marchesi, chirurgien orthopédiste.
Lorsque les images (radiographies, IRM) ou d’autres examens montrent des pathologies du disque, des facettes articulaires à l’arrière des vertèbres ou encore une instabilité segmentaire, le chirurgien pourra proposer une intervention (stabilisation par fusion de deux vertèbres, mise en place d’une prothèse, etc.).