Difficile, parmi la masse de nouveaux produits et d’informations contradictoires, de savoir à quel déodorant se fier. Les antitranspirants? Ils contiennent des sels d’aluminium. Les sprays? Ils peuvent irriter les poumons. Les naturels? Ils se révèlent parfois d’une efficacité douteuse. Explications.
Ces dernières années, les principaux incriminés étaient les sels d’aluminium. Tous les produits estampillés antitranspirant ou antiperspirant en contiennent. Et certains déos, qui affichent «sans aluminium chlorohydrate» recèlent quand même des dérivés d’aluminium. Mais des études ont relativisé leur danger: «Aucune n’a prouvé un lien avec le cancer du sein», note Nicole Bulliard, de la Ligue suisse contre le cancer. Laurence Wittner, créatrice du site l’Observatoire des cosmétiques, est d’un autre avis: «On n’a pas levé les doutes face à la maladie d’Alzheimer, et les sels d’aluminium bloquent la glande et empêchent l’évacuation des toxines parfois pendant quarante-huit?heures, même si on prend une douche.»
Aluminium: à petites doses!
Le discours du corps médical est moins alarmiste. Pour Bernard Noël, chef de clinique en dermatologie au CHUV, on exagère le risque: «Il n’y a pas d’évidence scientifique du lien entre sels d’aluminium et cancer du sein ou alzheimer, et aucune étude n’a prouvé que cette substance pénètre en profondeur.»
Le spécialiste prescrit d’ailleurs aux patients souffrant d’une sudation importante des produits contenant des sels d’aluminium: «Il y a peu d’autres solutions efficaces à part le Botox ou la chirurgie.» Mais il recommande d’appliquer le produit deux fois par semaine seulement: «Utilisé trop fréquemment, l’aluminium peut irriter la peau et provoquer des démangeaisons.»
Alternative bio
Alors, quelle parade? Pour une efficacité qui approche celle des antitranspirants, les déos classiques allient antiseptiques et parfum. Les premiers limitent la formation de bactéries et les seconds couvrent l’odeur. Laurence Wittner mise sur cette combinaison, en version bio. Car les aisselles, surtout épilées, constituent une porte d’entrée perméable. Sur son site, elle recommande plusieurs déos à bille bio efficaces. Certains, présentés ci-dessous, sont disponibles en Suisse.
Mais la vague naturelle a aussi ses écueils. Bernard Noël met en garde: «Les extraits de plantes peuvent provoquer des allergies ou des taches pigmentées.» Pour limiter les risques, mieux vaut donc choisir des produits avec peu d’huiles essentielles, car certaines sont allergènes. Et privilégier les agents apaisants comme l’aloe vera, le bisabolol ou le calendula.
Enfin, la pierre d’alun est parfois présentée comme la meilleure solution. Mais ce caillou aux vertus déodorantes comporte des sels de potassium… et des sels d’aluminium. Laurence Wittner: «C’est naturel, mais c’est un antitranspirant comme un autre.»
www.observatoiredescosmetiques.com
Sprays également controversés
Souvent conseillés parce qu’ils évitent les sels d’aluminium et pour leur sensation de fraîcheur inégalée, les sprays sont aussi mis sur la sellette. Laurence Wittner souligne que la plupart contiennent de l’alcool, irritant pour les aisselles. Et selon un récent article du magazine Bon à Savoir , certains peuvent provoquer allergies et inflammations des poumons. Le professeur Laurent Nicod, chef du Service de pneumologie au CHUV, appelle à la prudence: «Plus les gens utilisent de sprays dans un ménage, plus il y a d’asthme à l’âge adulte.» Car les particules les plus petites (moins de 3 microns) s’insinuent profondément dans les poumons: «Dépliés, ces derniers ont la taille d’un court de tennis, l’exposition est donc importante.» Dès la taille de 10 microns, les particules sont arrêtées avant les bronches. Or cette indication ne figure pas sur les emballages. Dans le doute, le pneumologue conseille les déos à bille.