C’est la hantise d’un grand nombre de fumeurs. Fumeuses en particulier. Comment éviter de grossir à l’arrêt de la cigarette? Car, n’en déplaise aux 28% des accros suisses qui, comme la députée Verte vaudoise Marianne Savary, souhaitent profiter de la réprobation ambiante pour arrêter, les chiffres sont entêtants. Deux, trois, voire quatre kilos, c’est le surplus qu’affiche en moyenne la balance d’un ex-fumeur.
«Lorsqu’on cesse la cigarette, l’appétit augmente. C’est un phénomène tout à fait normal, qu’il faut accepter. Il s’agit en fait d’un retour au poids naturel», commence par rappeler Véronique Liégeois, auteure de Se régaler sans prendre de poids quand on a arrêté de fumer. Trois raisons à cela: la fin de l’effet coupe-faim, le besoin de compenser et la baisse des dépenses énergétiques.
Une étude menée à la Policlinique médicale universitaire de Lausanne (PMU) auprès de 500?patients a certes montré que des veinards conservaient leur ligne. «Mais ces cas sont rares», précise Jacques Cornuz, chef de la PMU. A l’autre extrémité, et pour une poignée d’individus, l’addition peut grimper jusqu’à huit ou neuf kilos. Y a-t-il un profil à risques? Une recherche sur la question le dira d’ici à quelques mois.
Reste cette certitude, à laquelle les amateurs de clopes s’accrocheront comme à une volute d’espoir: il est possible d’atténuer ces effets indésirables. Outre l’activité physique et les substituts tels que les gommes et les patches, à l’effet désaliénant, une rigueur alimentaire s’impose. Mais inutile d’en faire une obsession. Comme le souligne Jacques Cornuz, pour tout inesthétique qu’il soit, «un surplus de 2 à 3 kilos est sans incidence sur la santé». Outre ses dangers connus, le tabagisme est aussi responsable d’augmenter la ceinture abdominale et constitue un facteur de risques pour le diabète.
Agir avant la dernière clope
C’est la première clé de réussite, selon Véronique Liégeois: «Recadrer son alimentation avant de stopper la cigarette.» Déjà que les fumeurs ne sont pas les champions de l’équilibre. «Ce sont les gens qui déjeunent le moins, se contentant d’un café et d’une cigarette. Ils ont aussi tendance à négliger les fruits et légumes, dont la teneur en antioxydants leur serait pourtant profitable», relève la diététicienne française. Autre manie constatée, celle de saler et d’épicer davantage. Une fois que le manque de nicotine se fait ressentir, induisant un malaise comparable à celui qu’endure un drogué en cure, difficile de s’initier à des habitudes plus saines.
Redonner au repas une place de choix
Une simple assiette suffit souvent à rassasier un accro de la clope. Pour répondre au regain d’appétit sans risques de virer Gargantua, la bonne idée consiste à… manger, mais en privilégiant les vrais menus. Avec entrée et dessert, de préférence un laitage ou un fruit.
Eviter le grignotage
La faim, ajoutée à la frustration liée au retrait de la cigarette des lèvres, conduit à cette insidieuse manie: le pillage du garde-manger à toute heure de la journée. «C’est un facteur important de prise de poids», confirme Véronique Liégeois. L’affaire n’est pas si simple, d’autant qu’une privation de tabac s’accompagne bien souvent d’une envie de bonbons et de gâteaux, la nicotine modifiant le métabolisme des glucides. Ce besoin de picorer, mieux vaut encore se l’autoriser, mais avec des aliments pauvres en calories. Bonbons sans sucre ou bâtonnets de légumes.
S’amuser aux fourneaux
Et si le fumeur repenti renouait avec le plaisir de bien cuisiner? Le goût retrouvé des saveurs l’y invite, tout naturellement. «C’est la première chose qu’il redécouvre, avec l’odorat. Les irritants de la fumée l’avaient atténué», explique Jacques Cornuz, citant en exemple ce patient s’étant surpris à différencier les capsules de café. Dans son ouvrage, Véronique Liégeois propose 140 recettes, riches en antioxydants et nutriments protecteurs vasculaires fort recommandés aux anciens fumeurs. Exemple avec un rôti de bœuf aux baies roses ou ce tartare d’ananas au gingembre.
S’accrocher…
«Des femmes qui prennent des kilos, et donc rechutent, j’en vois très souvent, rapporte la diététicienne. C’est terrible, car elles ne remaigrissent pas. Elles fument, tout en gardant un surpoids.»
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