La pilote de 21?ans, seule fille engagée en Formule Atlantique, est en pole position pour remporter le classement général de l’épreuve. Et la somme promise à son vainqueur. A deux Grands Prix de la fin, la Vaudoise de Mont-sur-Rolle compte 8?points d’avance sur son premier poursuivant.
Un véritable exploit si l’on songe à ce que subit son corps: des pulsations cardiaques oscillant entre 185 et 200. Une vitesse de 280?km/h dans les lignes droites. Des virages et des freinages de 3 à 3,5?G, dans une monoplace qui développe 300?CV.
Mais il en faut davantage pour freiner les ardeurs de cette jeune femme ambitieuse. Simona De Silvestro est prête à tous les sacrifices dans le but de courir un jour en Formule 1. Aussi, a-t-elle pris le pari de quitter famille et amis, il y a trois ans, pour tenter l’aventure aux Etats-Unis. Elle a rejoint dans un premier temps le championnat de Formule BMW, où elle est devenue la première femme à monter sur le podium du mythique circuit d’Indianapolis.
Un an plus tard, elle trouve un volant en Formule Atlantique, l’antichambre de l’Indycar, où des pilotes chevronnés comme Gilles et Jacques Villeneuve se sont imposés. Au début de cette saison, elle rejoint le Team Stargate Worlds, qui aligne deux pilotes atypiques: une fille et un acteur de sitcom. Le coéquipier de Simona De Silvestro n’est autre que Frankie Muniz, le rôle-titre de Malcolm, une série qui passe actuellement sur la TSR. «Stargate Worlds a monté un programme spécifique autour de nous, raconte la polyglotte (ndlr: elle maîtrise cinq langues). Une vingtaine de personnes s’occupent des deux voitures de l’écurie. Le prix d’un de ces bolides? 850?000?dollars.»
Autant dire que l’attente du team est grande. Et la pression qu’elle engendre aurait de quoi faire perdre les pédales à n’importe qui. Mais Simona sait ce qu’elle vaut et surtout ce qu’elle veut. Auteure de quatre «pole positions» cette saison et d’autant de succès, elle peut se targuer d’être la femme collectionnant le plus de victoires en monoplace. Et les pilotes avec lesquels elle en découd, comment vivent-ils sa réussite? «Honnêtement, je pense qu’une fille est considérée comme un autre pilote si elle récolte de bons résultats. Je ne me fais pas chambrer. Ou, si c’est le cas, on le fait dans mon dos.» Ce qui serait normal, car ses adversaires se trouvent le plus souvent… derrière elle.
Blague à part, ce succès a un prix. Un petit ami? «Pas le temps!» répond Simona De Silvestro, amusée par la question. Tous les jours, pendant quatre heures, elle entraîne son endurance et sa force dans les salles de fitness, chez elle à Scottsdale, en Arizona. Ajoutez à cela les séances d’essais, les courses, les briefings et autres réglages de la voiture et vous comprendrez que toute son attention est focalisée sur sa passion.
Le million de dollars qu’elle pourrait remporter dans deux semaines ne lui fait en aucun cas tourner la tête. «Cette prime pourrait nous permettre d’accéder à un autre échelon.» Clairement, la pilote vise un baquet en F1. Un rêve qu’elle souhaite atteindre sans devoir poser dans des positions suggestives, comme l’a fait Danica Patrick dans Sports Illustrated . «Poser à moitié nue dans des magazines de charme, très peu pour moi. Je préfère montrer que je peux battre des garçons dans un monde de garçons.»
Simona De Silvestro sera-t-elle la prochaine héroïne du sport suisse? Cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Surtout que le propriétaire de son écurie a développé le jeu vidéo Stargate Worlds dans lequel figure un personnage prénommé… Simona et qui prend les traits de la championne vaudoise. «Devenir pilote intergalactique dans un jeu est cool. C’est quelque chose de nouveau. L’héroïne me ressemble et le jeu est vraiment bien. Je suis persuadée qu’il va cartonner dès sa sortie cet hiver.» En attendant, Simona De Silvestro tentera de décrocher la lune, lors des deux dernières épreuves de la Formule Atlantique, qui ont lieu aujourd’hui à Braselton (Etat de Géorgie), et le 11 octobre sur le circuit de Monterey, en Californie.