«Dieu, où étais-tu?» interroge un panneau écrit d’une main maladroite, au milieu des bougies et des tapis de fleurs devant l’école. La question ronge toute l’Allemagne en deuil: qu’est-ce qui a fait sombrer Tim Kretschmer, 17?ans, dans sa folie meurtrière? Le jeune adolescent aurait annoncé son geste sur internet dans la nuit de mercredi à 2?h?45 du matin.
«J’en ai assez de cette vie absurde, c’est toujours pareil. Tous se moquent de moi et personne ne reconnaît mes qualités. J’ai des armes, j’irai demain à mon école. Restez à l’écoute, vous entendrez parler de moi demain. Retenez bien le lieu: Winnenden», écrivait-il à son interlocuteur avant de poursuivre: «C’est des blagues, va pas prévenir la police!» Le jeune Bavarois avec lequel il échangeait comprit seulement le lendemain que c’était du sérieux, en entendant les premières nouvelles du drame. Toutefois, selon les sites internet de la presse allemande, hier soir, le porte-parole de la police du Bad-Würtenberg aurait mis en doute l’authenticité des traces de ce chat.
«Il avait l’air si gentil»
Tim avait suivi une psychothérapie pour dépression, il y a un an environ, avec l’accord de ses parents. Puis, il avait interrompu son traitement et se serait refermé sur lui. Champion de tennis de table, il était pourtant loin d’être un perdant et n’était «pas du tout replié sur lui-même», assure son entraîneur. Une photo le montre triomphant sur le podium, dès 14?ans, la coupe à la main.
L’un de ses voisins, 19?ans, le dépeint certes plongé dans les jeux de mort de son ordinateur. «Mais il n’y a jamais joué plus que moi ou que mes amis», précise Stefan, un de ses anciens camarades de classe. Linda, 17?ans, assure qu’elle aurait pu imaginer d’autres garçons de la classe en tueur fou, «mais pas lui. Il avait l’air si gentil.»
Tim s’entraînait à tour de bras avec ses armes à air comprimé dans la cave où son père lui avait installé un pas de tir. «Mais je n’aurais jamais cru qu’il tire pour tuer, assure son ami Martin. Ou sur des oiseaux, pas sur des gens.» «Il cherchait une reconnaissance. A l’école, il collectionnait les pires notes qui soient», insiste de son côté une élève de l’école qu’il fréquentait cette année. Il se serait plaint d’être ridiculisé par les autres, et brimé par un professeur. Le jour du drame, il avait un examen de maths.
«Parfois, on se sent impuissant»
«Nous ne comprenons pas ce qui s’est passé, et nous n’arriverons jamais à l’expliquer vraiment», soulignait déjà en 2002 le président de la République Johannes Rau, au lendemain de la tuerie d’Erfurt, où Robert Steinhauser, 19?ans, fit 17 morts. Tout fut inventorié: mauvais résultats scolaires, éducation ratée, isolement social, intoxication d’internet, jeux d’ordinateurs violents et films d’horreur, accès facile aux armes et aux munitions.
La loi sur les armes a été durcie depuis. Les «dangers» des jeux d’ordinateurs violents mis en exergue. La prévention nécessaire pour éviter ce genre de drame, en repérant son auteur potentiel avant qu’il ne dérape ou en lui portant secours, a été priorisée en Allemagne.
Renate Hahn, rectrice du collège de Winnenden, souligne que le suivi psychologique des élèves fragilisés, en crise, n’a cessé d’y être renforcé ces dernières années, avant de conclure, la gorge serrée: «Parfois on se sent impuissant.» Tim est passé au travers du filet.
La faute aux jeux vidéo?
Les fusillades comme celle de Winnenden relancent systématiquement le débat: la violence de certains jeux vidéo serait-elle responsable de ces
folies meurtrières? L’avis d’Olivier Mauco, membre de l’Observatoire des mondes numériques en sciences humaines de Paris.
— Existe-t-il un lien prouvé entre violence et jeux vidéo?
— Aucune étude ne permet d’affirmer qu’il existe un lien de causalité. En revanche, il existe une corrélation prouvée entre le fait de jouer à des jeux vidéo violents et l’existence de comportements violents. Autrement dit, les deux peuvent coexister mais l’un n’induit pas l’autre. Tout est dans la nuance. Pourtant, c’est bien ce qui est mis en avant depuis 1999 et le massacre de Columbine…
— Il faut dire que tous les auteurs des fusillades ayant défrayé la chronique étaient amateurs de jeux du type Counter Strike…
— Oui, mais environ un tiers des Européens avouent passer du temps libre à jouer à ce type de jeu. Statistiquement, il est donc plus que probable qu’un tueur ait pu faire de même.
— Comment expliquer alors l’attrait des tueurs pour ces jeux?
— Il ne faut pas y voir une cause de violence, mais plutôt un révélateur de mal-être. Ces jeunes étaient tous isolés, mal intégrés socialement, psychologiquement instables. Ils trouvaient dans cette occupation une façon de soigner un profond mal-être antérieur.
C. D.