Etats-Unis

Washington accuse l'Iran de complot, Téhéran se défend

Par AFP le 12.10.2011 à 13:46

Téhéran crie au coup monté après des accusations américaines qui impliquent l'Iran dans un projet d'assassinat de l'ambassadeur saoudien aux Etats-Unis. L'Union européenne s'inquiète.

Le ton est monté d’un cran mercredi après la révélation d’un complot iranien présumé contre l’ambassadeur saoudien à Washington. Téhéran mis en garde mercredi les Etats-Unis contre toute tentative de «confrontation», alors que Ryad a juré que l’Iran paierait «cher» ce projet d’assassinat.
 
«Nous ne cherchons pas la confrontation (avec les Etats-Unis), mais s’ils nous l’imposent, les conséquences en seront plus dures pour eux» que pour l’Iran, a déclaré le ministre iranien des affaires étrangères Ali Akbar Salehi, cité par l’agence Isna, à l’issue d’un conseil des ministres.

Le diplomate a de nouveau rejeté les accusations, rappelant que Washington avait porté «de nombreuses accusations identiques» depuis la révolution islamique de 1979.

Le président du Parlement iranien Ali Larijani a de son côté qualifié les propos américains de «grossiers». «C’est un jeu puéril et amateur», a-t-il dit. Selon lui, Washington veut nuire aux relations entre Téhéran et Ryad. Mis en cause, les Gardiens de la Révolution ont démenti toute implication dans ce complot.

Le ministère iranien des affaires étrangères a par ailleurs convoqué le chargé d’affaires suisse en Iran pour lui faire part de la «protestation ferme» de la République islamique face à ces accusations «infondées». Berne représente les intérêts américains en Iran depuis 1980.

Alerte mondiale

Washington a annoncé mardi l’inculpation de deux ressortissants iraniens accusés d’avoir projeté d’assassiner l’ambassadeur saoudien dans un complot «conçu, organisé et dirigé» par l’Iran, et a averti Téhéran qu’il en subirait les conséquences.

La secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton a annoncé que Washington allait, avec ses alliés, «envoyer un message fort à l’Iran et l’isoler encore plus de la communauté internationale», tandis que le ministre de la justice Eric Holder avertissait les dirigeants iraniens que Washington les «tenait pour responsables» de leurs actions.

Le département d’Etat a par ailleurs émis une alerte mondiale concernant les déplacements de citoyens américains, expliquant que «ce projet (...) pourrait signifier une position plus agressive du gouvernement iranien en vue d’activités terroristes». (voir )

Le Pentagone a toutefois écarté d’éventuelles représailles militaires, estimant que la réponse devait être diplomatique et judiciaire. Washington a d’ailleurs entamé mercredi des réunions individuelles avec les ambassadeurs des pays membres du Conseil de sécurité de l’ONU.

Les Etats-Unis ont en outre annoncé avoir ajouté la compagnie aérienne iranienne Mahan Air à leur liste noire des entités visées par des sanctions.

Téhéran doit payer

L’Arabie saoudite a pour sa part juré mercredi que l’Iran paierait cher ce présumé projet d’assassinat. «La charge de la preuve est accablante et montre clairement la responsabilité officielle de l’Iran. Quelqu’un en Iran devra en payer le prix», a dit le prince saoudien Turki al Faisal, ancien chef des services de renseignement saoudiens et ancien ambassadeur à Washington.

L’Iran et l’Arabie Saoudite sont certes des rivaux régionaux, voire religieux, mais ils ont encore des liens diplomatiques et ont même signé il y a dix ans un accord de sécurité. Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad s’est rendu à Ryad en 2007. Tensions politiques Les tensions politiques se sont cependant accrues récemment entre l’Arabie saoudite, qui se considère comme la tête de proue du monde sunnite, et l’Iran chiite.

Les forces saoudiennes sont intervenues en mars à Bahreïn pour venir en aide à la monarchie sunnite contestée par la population, majoritairement chiite.

Ce mois-ci, après des combats de rue dans l’Est du royaume, Ryad a accusé des membres de la minorité chiite de comploter avec l’étranger - référence à l’Iran - pour provoquer l’instabilité.

Le mobile d’un tel crime n’est pas évident. L’Iran a déjà assassiné des dissidents à l’étranger, mais le meurtre d’un ambassadeur d’un pays étranger serait d’un tout autre niveau.

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