Les malheurs de la population des Abruzzes sont loin d’être finis. Le séisme qui a ravagé la région italienne la semaine dernière a déjà fait près de 300 morts. Il a aussi détruit ou endommagé sérieusement 50% des logements de L’Aquila, selon les dernières estimations. Des bâtiments qui ne répondaient pas, pour la plupart, aux normes de sécurité en vigueur. Et un nouveau fléau guette la région, averti le journaliste transalpin Roberto Saviano. La mafia pourrait en effet infiltrer le juteux marché de la reconstruction, assure l’auteur du best-seller Gomorra qui décrypte le fonctionnement de la Camorra, le crime organisé napolitain.
Car le magot est alléchant. Le ministre de l’Intérieur italien vient d’estimer les coûts de reconstruction de la région à 12 milliards d’euros (18,5 milliards de francs). Or, le crime organisé transalpin est très présent dans le secteur immobilier. Un marché qui lui permet de blanchir l’argent de ses activités illégales (trafic de drogues, d’armes, d’êtres humains ou encore racket), mais aussi de détourner des fonds publics en gonflant les coûts des travaux.
Selon l’association SOS Impresa, qui aide les entreprises victimes de la mafia, celle-ci investit 37,5% de ses bénéfices dans la construction immobilière. Des revenus annuels qui avoisineraient les 70 milliards d’euros.
Roberto Saviano et les habitants des Abruzzes qu’il cite dans son reportage paru lundi dans La Repubblica ne sont pas les seuls à être préoccupés. La semaine dernière, le syndicaliste Gianfranco Giorgi avertissait déjà: «L’après-séisme sera la phase la plus délicate (…). Les appétits seront grands et il devrait y avoir de nombreuses tentatives d’infiltration.»
Silvio Berlusconi a promis la plus grande «transparence». Et le président de la région des Abruzzes, Gianni Chiodi, a, lui, affirmé lundi: «il n’y a pas de préoccupation concrète». Mais tout le monde n’est pas du même avis. Stefania Pezzopane, présidente de la province de L’Aquila, épicentre du séisme, et Massimo Cialente, maire de la ville du même nom affirment: «Nous voulons être contrôlés, nous voulons qu’il y ait des commissions de contrôle!»
Terrain favorable
Car rappelons que quelques jours avant le séisme, les médias rapportaient déjà plusieurs alertes sur les risques actuels d’expansions de la mafia dans le tissu économique «légal». La Confesercenti, une organisation qui regroupe 270?000 entrepreneurs et commerçants transalpins, avertissait que la crise économique est un terrain favorable au crime organisé, qui peut facilement prendre le contrôle d’entreprises en difficulté.
Quelques jours auparavant, c’était un procureur adjoint de Milan qui tirait le signal d’alarme. Alberto Nobili avertissait ainsi qu’il y a de grands risques de voir la ’Ndrangheta, la mafia calabraise, «qui recycle, son argent sale en premier lieu dans la construction, s’infiltrer dans les appels d’offres» qui vont être lancés pour l’Expo universelle qui se tiendra en 2015 dans la capitale lombarde.