On appelle ça un scoop, et il promet de faire du bruit. Révélé mardi par le New York Times – soit une semaine avant sa remise officielle au Conseil de sécurité –, un nouveau rapport sur la situation en Somalie ouvre des perspectives édifiantes!
Autorités locales qui collaborent avec les pirates; plus de la moitié de l’aide du Programme alimentaire mondial (PAM) détournée pour corrompre des entrepreneurs, des employés locaux de l’ONU... et des militants islamistes: les conclusions du rapport du Groupe de contrôle (Monitoring Group) sont sans appel. Au point que, selon le quotidien new-yorkais, le texte recommande au secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, d’ouvrir une enquête indépendante sur les opérations du PAM en Somalie.
Dans son article très fouillé, le quotidien américain rappelle que, en 2009, le PAM a dépensé 485 millions de dollars d’aide alimentaire, destinée en principe à quelque 2,5 millions de Somaliens victimes de la guerre et de l’insécurité qui règnent depuis une vingtaine d’années dans leur pays. Mais, selon le rapport, «près de 30% de cette aide est détournée par des partenaires locaux du PAM et le personnel de l’agence onusienne, 10% par les transporteurs routiers et 5 à 10% par les groupes armés qui contrôlent la zone».
Démenti
«L’accusation de ce rapport selon laquelle la moitié du programme d’aide alimentaire du PAM est détournée est sans fondement», a réagi hier un responsable du PAM interrogé par l’AFP. «En dépit de conditions d’opération extrêmement dangereuses, le PAM a cherché à respecter toutes les règles entourant nos interventions en Somalie», a poursuivi ce responsable, qui a souhaité ne pas être cité.
Reste que la conclusion la plus inquiétante du document est celle faisant état de complicités entre pirates et autorités locales, notamment celles du territoire semi-autonome du Puntland. Alors que ces dernières prétendent lutter contre la piraterie, elles seraient en fait de mèche avec ces flibustiers du XXIe siècle. Lesquels ont encaissé quelque 60 millions de dollars de rançons en 2009 et détiennent actuellement sept navires et près de 150 marins en otages. Malgré la présence, au large de la Somalie, d’imposantes forces navales, dont la mission européenne Atalante. Une mission dont la première tâche a été l’escorte des navires du PAM…