FRANCE

Le PS devance l’UMP au premier tour des régionales

Par JEAN-NOËL CUÉNOD PARIS le 15.03.2010 à 00:01

Autres vainqueurs, les abstentionnistes: 53% des électeurs ont boudé les urnes. Que va-t-il se passer au second tour?

La plus grande surprise de ce premier tour des élections régionales: le Parti socialiste (PS), seul, devance la formation sarkozyste UMP et ses alliés du Nouveau Centre sur le plan national: environ 30,6% pour le PS et 27% pour le parti du président. Or, les autres formations de gauche, Europe-Ecologie et le Front de gauche (communistes et socialistes), réalisent eux aussi de bons scores. Toutes formations confondues, la gauche représente à peu près la moitié de l’électorat. Seule perdante dans ce contexte: l’extrême gauche du NPA d’Olivier Besancenot, qui plafonne à 2,5%.

Quant aux centristes du MoDem de François Bayrou, ils se traînent avec 4%. Nouvel échec pour l’ex-troisième homme de la politique française.

Bon score du FN
Alors, la première secrétaire du PS va-t-elle réussir, dimanche prochain, son «grand chelem», en emportant les 22 régions de la France métropolitaine? Non! En effet, en Languedoc-Roussillon, le populiste de gauche Georges Frêche écrase la liste officielle du PS. En revanche, il est encore possible que les partis de gauche dans leur ensemble emportent la totalité de l’enjeu, même si l’UMP résiste bien en Alsace et pourrait donc garder l’une des deux régions qu’elle gouverne. Autre information importante de ce premier tour, le Front national renaît de ses cendres avec 11,2% de suffrages en moyenne nationale. Il va donc se maintenir au second tour dans la moitié des régions, captant ainsi un électorat de droite au détriment de l’UMP. Point particulièrement noir de ce premier tour: l’abstention, avec 53% des électeurs qui ont boudé les urnes. C’est moins bien qu’au premier tour des régionales de 2004 (38% d’abstention). En revanche, c’est mieux que lors des élections européennes de juin dernier (59,37%). Pourquoi cette désaffection? Deux aspects peuvent l’expliquer. Cette élection régionale est la dernière à se dérouler sous cette forme. Une réforme est en cours pour définir de nouvelles institutions. Ce qui n’est pas très mobilisateur. Et puis, de nombreux citoyens se montrent sceptiques quant aux pouvoirs réels que détiennent aujourd’hui les politiciens dans les tourmentes de la mondialisation.

Que va-t-il se passer à présent? Toutes les listes qui auront recueilli au moins 10% des suffrages lors de ce premier tour auront le droit de se maintenir au second, dimanche prochain, ou de fusionner avec une autre.

Des négociations intenses s’engagent donc dès maintenant?car le dernier délai pour déposer les listes au second tour est fixé à demain 18?heures. Deux sortes de marchandages se déroulent. Tout d’abord, il faut se mettre d’accord sur un programme minimum. Plus douloureux: des candidats qui pourraient être élus devront faire place à d’autres qui viennent de la liste voisine.

«Ce genre de négociations est sauvage», a souligné la secrétaire d’Etat Nathalie Kosciusko-Morizet, candidate aux régionales d’Ile-de-France. François Lamy, conseiller de la patronne du Parti socialiste, Martine Aubry, lui a aussitôt rétorqué: «Peut-être, mais nous, au moins, nous avons des alliés avec qui discuter. Tandis que l’UMP, avec qui va-t-elle négocier?» Le premier ministre François Fillon a d’ores et déjà lancé ses troupes pour convaincre les abstentionnistes de choisir l’UMP. C’est sa seule réserve de voix.


 

Déçue, l’UMP refuse de voir un vote sanction

Hier soir à 20?h pile, silence de plomb au siège de l’UMP. Les mines déçues, les regards qui cherchent, en vain, sur le grand écran installé rue La Boétie, une raison d’espérer, en disent plus long que tous les commentaires. Le coup est rude. Le parti de la majorité arrive derrière le PS. Plus grave: il n’a aucune alliance à se mettre sous la dent au second tour.

Alors, pour sauver la face, les dirigeants du parti lancent quelques demi-vérités à des journalistes un peu sceptiques. En quelques minutes, oubliant l’échec, toutes les voix sont au diapason. Un vote sanction? «Non. Comment parler de vote sanction quand plus de la moitié des Français ne sont pas allés voter? répond le porte-parole de l’UMP Frédéric Lefebvre. Les sortants de ces élections régionales, ce sont les socialistes. Si l’abstention est si forte, c’est qu’ils n’ont pas réussi à convaincre les Français.»

Les militants de l’UMP, qu’on a connus triomphants en 2007, se contentent aujourd’hui de peu. «C’est complètement ouvert. Il n’y a pas eu de décrochage, se rassure l’ex-socialiste Jean-Marie Bockel, secrétaire d’Etat d’«ouverture». Dans deux, trois ou quatre régions, la majorité peut l’emporter.» Président des jeunes UMP, Benjamin Lancar veut croire à la dynamique du deuxième tour. «Nous partons rassemblés. Tandis qu’en face, on va assister à toutes sortes d’arrangements et de petites réunions, entre les socialistes et leurs alliés, toutes choses que les Français détestent.» Chez les militants décontenancés, on entend quelques voix s’élever: «Ils vont se vendre! Ils n’étaient d’accord sur rien, ils vont faire semblant d’être d’accord sur tout.» Seul motif évident de satisfaction, le score en Ile-de-France de Valérie Pécresse, qui devance le socialiste Jean-Paul Huchon. Mais ce «succès» est symbolique et la victoire au second tour paraît hors de portée.

Des voix discordantes? Faut-il changer le gouvernement, voire réorienter la politique? On aura du mal à trouver des bémols, dans cette rue La Boétie où les courants et les débats d’idées sont rares. Seuls les proches de Dominique de Villepin osent quelques critiques. «Un certain nombre de Français réclamaient davantage de cette campagne, estime le député Hervé Mariton. Ils se posent des questions auxquelles on n’a peut-être pas su répondre.»

MATHIEU VAN BERCHEM PARIS

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