Avec sa carrosserie en aluminium un peu vieillotte, sa longue remorque aussi aérodynamique qu’une roulotte de campagne, la voiture de Louis Palmer n’est pas d’une grande élégance. Sa force est ailleurs. Elle est «pratique, créative et surtout économique», estime son créateur et pilote, qui s’apprête à boucler un tour de la Terre grâce à la seule énergie solaire.
Avant une dernière ligne droite qui doit l’emmener à Lucerne, sa ville natale, le Suisse, immense, barbu et parfaitement au point au niveau de la «com», a présenté hier son Solartaxi au ministre français de l’Ecologie, Jean-Louis Borloo.
VIP’s au volant
Petit tour de piste, dans la cour pavée du ministère: Palmer glisse le volant amovible à Borloo, lequel admire l’esprit inventif de son copilote. «Il y a encore peu de temps, personne ne croyait à la voiture électrique, qui plus est solaire. Il faut changer les mentalités.» Le confort minimum n’a pas empêché le prince Hassan de Jordanie, le maire de New York Michael Bloomberg et Albert de Monaco de tester le prototype de Louis Palmer.
Le principe? Une voiture légère (500 kilos) tractant une remorque recouverte de panneaux photovoltaïques. «J’aurais pu placer les panneaux sur le toit, mais il faut bien se faire remarquer!» note le Lucernois. Pari gagné.
La France à la traîne
«Partout, au Nord comme au Sud, j’ai reçu un accueil intéressé. Preuve que la hausse du prix de l’essence n’épargne personne.» Durant ses 47?000 km, le Solartaxi a carburé à 50% à l’énergie solaire, et l’autre moitié sur le réseau électrique. «Le réseau m’apporte un brin de flexibilité, pour être à l’heure à mes rendez-vous.» L’équivalent du moteur pour un voilier, en quelque sorte. L’autonomie solaire est d’environ 400 km, sa vitesse de pointe de 90 km/h. Le modèle a été conçu par quatre instituts suisses, dont l’EPFZ.
Jean-Louis Borloo se prend au jeu. Il appelle des amis chez Renault et Peugeot et cale des rendez-vous pour l’après-midi. Les Français ne sont pas vraiment en avance dans ce domaine. Depuis l’invention, en 1889 de la première voiture électrique, rien n’a été fait d’important, rappelle le ministre. Mais le marché est très attentif aux innovations. Et celles-ci se produisent où on ne s’y attend pas. «Les Etats-Unis s’investissent beaucoup dans l’électrique et le solaire», note Palmer. General Motors lancera bientôt un nouveau modèle novateur. Et le Japon? «Je n’ai pas pu m’y rendre: interdit de rouler avec une plaque suisse.»