PROCHE-ORIENT

«Mission accomplie» pour Tsahal

Par OURI DANIEL / JÉRUSALEM le 22.01.2009 à 00:01

Alors que son armée a achevé hier le retrait de la bande de Gaza, Israël crie victoire et tire un bilan très positif de l’opération «Plomb durci».

Comme pour marquer le début de l’ère Obama, Tsahal, l’armée israélienne, a quitté hier la bande de Gaza, 26 jours après le déclenchement de l’offensive «Plomb durci». «Mission accomplie», se félicite la classe politique à Jérusalem. Elle fait écho au consensus entourant Tsahal à l’approche des législatives du 10 février, et que 78% des Israéliens considèrent la conduite des opérations comme

«un succès éclatant».

«Notre victoire est évidente pour le monde entier, y compris pour le monde arabe», déclare la ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni.

Elle souligne qu’Israël a atteint ses principaux objectifs en stoppant les tirs de roquettes du Hamas et en instaurant avec les Etats-Unis, les grandes puissances européennes et l’Egypte un système de surveillance l’empêchant de reconstituer son arsenal. Le ministre de la Défense Ehud Barak estime que l’armée a tiré les leçons de ses déboires contre le Hezbollah libanais en 2006. Résultat: Israël a récupéré ses «capacités dissuasives» et démoli l’infrastructure du Hamas, qui ne disposerait plus que de 1200 roquettes sur 3000.

Appel à la vengeance

Cette guerre a confirmé l’isolement international du mouvement islamique, notamment par rapport à l’Egypte. Elle a aussi approfondi le fossé entre les régimes arabes modérés et l’axe Syrie-Iran, dont l’influence s’est amoindrie dans la bande de Gaza. Paradoxalement, les habitants du territoire demeurent solidaires du Hamas dont quelque 500 de ses combattants auraient péri. Mais des milliers d’autres et leurs chefs, sortis indemnes des bunkers, crient vengeance et jurent d’échanger au prix fort le soldat Gilad Shalit enlevé en Israël en 2006.

Expert de la lutte antiterroriste, Shalom Harari indique que Tsahal a usé d’une énorme puissance de feu «pour épargner des pertes dans ses propres rangs». Conséquence de cette stratégie d’Attila: côté palestinien, 1315 tués et 5300 blessés, dont 65% de civils, et 20?000 maisons endommagées. Côté israélien: 10 soldats et 3 civils tués, un millier de maisons à réparer.

Violations du droit ?

Huit organisations israéliennes de défense des droits de l’homme exigent une enquête sur le comportement de Tsahal. Et Amnesty International accuse Israël de «crimes de guerre» pour avoir utilisé des obus au phosphore provoquant des brûlures graves. Seules des traces de ce produit se trouvent dans les obus fumigènes de 155 mm.

En revanche, il y en a en grande quantité dans les obus de mortier de 120 mm et 81 mm. Or, une vingtaine de ces derniers ont été tirés contre un secteur à forte densité de population près de Gaza.

«Tir erroné»

C’est justement la seule restriction que le droit international apporte à l’utilisation de ces armes. Tsahal a donc ouvert une enquête sur ce tir «erroné». Mais, les noms des commandants ayant opéré à Gaza sont gardés secrets. Israël plaide la légitime défense contre «le Hamas terroriste», et prend ses dispositions afin d’éviter que ses ressortissants puissent être inquiétés par des instances juridiques internationales pour atteinte aux droits de l’homme.


Gaza: une priorité pour le président Obama

 

Les dossiers chauds ne traînent pas sur le bureau du nouveau président des Etats-Unis (lire aussi en page 8 et 9). Au lendemain de son investiture, Barack Obama a multiplié les téléphones aux dirigeants du Proche-Orient, auprès desquels il s’est engagé à œuvrer «activement» pour la paix dans la région. Le président égyptien Hosni Moubarak, le roi de Jordanie Abdallah II, le premier ministre israélien Ehud Olmert, et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, ont ainsi pu s’entretenir hier avec le nouveau locataire de la Maison-Blanche.

Selon Nabil Abou Roudeina, un porte-parole de Mahmoud Abbas, Barack Obama a fait savoir à son homologue palestinien qu’il était «le premier dirigeant étranger qu’il appelait». Pour l’Autorité palestinienne, très affaiblie par la crise à Gaza, et pour M. Abbas dont la légitimité est contestée par le Hamas, ce coup de téléphone est un signe politique fort. «La célérité de cet appel est un message signalant à toutes les parties concernées que le peuple palestinien a une seule adresse et c’est le président Abbas», a déclaré Yasser Abed Rabbo, un proche du dirigeant palestinien.

Car avec l’achèvement du retrait israélien de la bande de Gaza, l’heure est à la réconciliation palestinienne. En début de semaine, Mahmoud Abbas, qui est aussi le leader du Fatah, a proposé au Hamas, son grand rival, la formation d’un gouvernement «d’entente nationale» qui organiserait des élections législatives et présidentielles simultanées en Cisjordanie et à Gaza. Sans donner de réponse formelle, le chef du gouvernement du Hamas dans la bande de Gaza, Ismaïl Haniyeh, s’est prononcé en faveur de l’ouverture d’un dialogue interpalestinien.

Pour rappel, fin janvier 2006, le Hamas avait remporté les législatives. Le parti islamiste avait ensuite pris le contrôle de la bande de Gaza en juin 2007, forçant les responsables du Fatah à quitter le territoire. Depuis, le président Abbas ne contrôle plus que la Cisjordanie.

«Nous ne pouvons pas reconstruire Gaza sans unité palestinienne», estime le secrétaire des Nations Unies, Ban Ki-moon, qui a appelé mardi les dirigeants arabes à encourager cette réconciliation. De son côté, la France qui refusait tout dialogue avec le Hamas, s’est dite prête à discuter avec un gouvernement palestinien qui intégrerait des membres du Hamas, à condition que le mouvement islamiste «accepte le processus de paix» et renonce à la violence.

YANNICK VAN DER SCHUEREN

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