FRANCE

Marine Le Pen chez les Ch’tis à la conquête du FN

Par JEAN-NOËL CUÉNOD BÉTHUNE (RÉGION NORD-PAS-DE-CALAIS) le 13.03.2010 à 00:01

Les élections régionales constituent un test grandeur nature pour les forces politiques de l’Hexagone. Notre correspondant a suivi la fille de Jean-Marie Le Pen qui, dans le Nord, parle et rêve de reconquête.

Répartition familiale des rôles au Front national (FN) pendant cette élection régionale française. Le père, Jean-Marie Le Pen (81?ans), engage son ultime combat politique dans le Midi, en Provence-Alpes-Côte d’Azur, usant de sa rhétorique classique aux accents maurrassiens, vichystes et «Algérie française», propre à séduire l’électorat méridional.

La fille (41?ans) porte le fer frontiste au septentrion, en région Nord-Pas-de-Calais, le pays des Ch’tis, en développant un discours gauchisant qui cherche à plaire aux déçus du socialisme, traditionnellement puissant sur cette terre de luttes syndicales. Différence sur la forme. Identité quant au fond.

L’objectif de Le Pen fille
Dans la dernière ligne droite, Marine Le Pen enchaîne les entretiens avec les journalistes. A Béthune, ville du Pas-de-Calais, elle entre d’un pas conquérant dans la salle de l’Hôtel du Vieux-Beffroi pour y rencontrer un rédacteur de La Voix du Nord et votre serviteur. A ses côtés, le No 2 de sa liste, Steeve Briois (37?ans). Veste crème, foulard rose, jeans, Marine Le Pen débite son programme à la mitraillette. Sans tourner autour du pot, elle affiche son objectif: faire de cette élection régionale dans le Nord-Pas-de-Calais un marchepied pour accéder à la direction de son parti. En effet, le successeur de Le Pen sera désigné lors d’un congrès qui se déroulera cet automne ou au printemps 2011.

Si Le Pen fille tient la corde, elle doit encore éliminer définitivement Bruno Gollnisch (60?ans) dans la course interne. Cela passe donc par un bon score à ces régionales. Marine Le Pen ne prend guère de risque en fixant cette cible à 15% des voix, estimation réaliste. «Le FN est un parti populaire, national et social. Je veux donner plus de visibilité à son aspect social», explique-t-elle.

Marine Le Pen axe son propos sur deux termes angoissants, la mondialisation et l’insécurité, qu’elle résout dans un troisième terme rassurant, la proximité: «Il faut privilégier les rapports humains directs en économie.» Sur la mondialisation, sa rhétorique paraît gauchiste: «La fameuse libre concurrence, c’est une escroquerie qui met les travailleurs sur le pavé!» A propos de la suppression de la raffinerie de Dunkerque par Total, elle trouve que le Front de Gauche (alliance des communistes et des socialistes de gauche) se montre d’une mollesse «minable»: «Il faut que l’Etat prenne en main cette raffinerie.» Mais ce serait une nationalisation! «Et pourquoi pas? L’Etat doit élever un rempart contre les fonds souverains.»

UMP-PS dans le même sac
Elle fourre dans le même sac d’opprobres Daniel Percheron, tête de liste du Parti socialiste dans le Nord-Pas-de-Calais, et sa principale concurrente, la secrétaire d’Etat Valérie Létard. Avec un litre supplémentaire de venin à l’endroit de la candidate UMP-Nouveau-Centre: «Pas question d’alliance au second tour, ces gens sont trop éloignés de nous!» Le journaliste de La Voix du Nord David Cierniak glisse: «Les deux femmes se détestent.»

Marine Le Pen, après avoir poussé son propos à gauche, le replace dans le sillage traditionnel du FN: l’insécurité qui augmente et le principe de la «préférence nationale» pour l’emploi. Mais elle souligne aussitôt: «Il ne s’agit pas d’exclusion. Il faut que nous suivions l’exemple de l’Allemagne et de la Suisse.»


 

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