L’APRÈS-SÉISME

«Il faut dès maintenant penser à reconstruire»

Par Jean-Noël Cuénod, Paris le 19.01.2010 à 00:02

Les membres de la Fondation française Architectes de l’Urgence craignent que, après l’émotion, Haïti ne retombe dans l’oubli.

«C’est aujourd’hui qu’il faut penser à demain en organisant la reconstruction des zones sinistrées en Haïti. Nous craignons que, passée l’émotion, ce pays ne retombe dans l’oubli. Or la tâche est énorme et durera de nombreuses années. L’effort financier doit être soutenu et étalé sur une longue période.» Directrice de la Fondation française Architectes de l’Urgence, qui siège à Paris, Alice Moreira explique cette action à long terme, menée dès maintenant par son organisation.

–?Votre première équipe travaille sur place. Qu’y fait-elle?
–?Pour l’instant, l’urgence est sanitaire car les sinistrés manquent de tout, même d’eau. Cela dit, notre première équipe d’architectes et de techniciens a commencé tout de suite à sécuriser les bâtiments qui sont encore debout, mais qui ont été fortement ébranlés. Ils peuvent s’écrouler à la moindre réplique. Dans le même temps, notre équipe procède à l’analyse de la situation.

– Ses premiers constats?
–?Ce sont les bâtiments en béton qui ont provoqué le plus de victimes. La quasi-totalité d’entre eux ont été édifiés hors normes parasismiques, et souvent avec du béton mal conçu. Selon un rapport du gouvernement, 60% des immeubles ne correspondent pas aux normes de base des constructions. Avec leurs matériaux plus légers, les cabanes des bidonvilles ont, sans doute, causé moins de dégâts sur le plan physique. Mais, comme leurs constructions sont entièrement détruites, la question de l’abri des survivants se pose de façon cruciale.
Ce sera d’ailleurs une nouvelle phase du travail, que les Architectes de l’Urgence entameront rapidement: construire des abris provisoires avec tout ce qui tombe sous la main. Ils disposent d’un savoir-faire accumulé au fil des opérations comme celles menées au Pakistan, en Indonésie, au Pérou et ailleurs. Et ce savoir-faire, nos architectes le communiquent aux populations locales.

– Reconstruire en respectant les normes, cela ne risque-il pas de coûter trop cher pour un pays particulièrement défavorisé?
–?Il faut combattre cette idée reçue! Non, construire en respectant les normes parasismiques ne coûte pas forcément plus cher, d’autant plus que l’on privilégie les matériaux légers. En Indonésie, nous avons mis sur pied un programme d’auto-construction. Pour une maison de 50?m2, le coût ne s’élève qu’à 2000 euros. Il est essentiel de collaborer étroitement avec la population locale afin de ne pas plaquer sur elle une réalité qui ne lui correspond pas.

– Comment envisagez-vous cette reconstruction?
–?L’aide intense et à long terme de la communauté internationale reste indispensable. Ainsi, nous travaillons régulièrement pour ce type d’opération avec l’agence Habitat des Nations Unies. La formation arrive en tête de nos priorités. En effet, la misère a chassé vers l’Amérique du Nord ou vers l’Europe la plupart des Haïtiens qui disposaient de compétences en matière de construction. Il faut donc former le plus rapidement possible les ouvriers et les techniciens qui sont encore sur place. Mais, compte tenu de la situation haïtienne, on ne peut pas éviter l’auto-construction. C’est pourquoi nous devons aussi former la population locale, lui apprendre à construire avec les matériaux dont elle dispose, de façon la plus sûre possible.


 

Quelques chiffres

BILAN
Six jours après le séisme, le bilan des pertes était encore difficile à établir, hier. Selon certaines estimations, il pourrait y avoir entre 150?000 et 200?000 morts. Jusqu’ici, quelque 70?000 corps ont été enterrés, selon le gouvernement haïtien.

FONDS
L’ONU, qui a lancé vendredi un appel de fonds de 562 millions de dollars, en avait reçu hier matin 51 millions. L’UE a promis hier une aide totale d’environ 429 millions d’euros pour l’aide d’urgence et la reconstruction à plus long terme. Pour cette dernière, l’UE promet 307 millions d’euros.

AFP

Sondage

Tarifs CFF: la nouvelle hausse annoncée est-elle acceptable?