L’état d’urgence a été décrété hier en Louisiane, en prévision de l’arrivée imminente d’une nappe de pétrole d’une surface de près de deux fois la Suisse. A Washington, Janet Napolitano, ministre de la Sécurité intérieure, a parlé de «catastrophe nationale», avant d’être dépêchée sur place par Barack Obama en même temps que des renforts. Poussée par des vents soufflant à 50?km/heure, la marée noire provoquée par l’explosion et la disparition dans le golfe du Mexique d’une plate-forme pétrolière appartenant à la société Transocean s’est dangereusement rapprochée des côtes de cet Etat du sud des Etats-Unis. Elle devrait les atteindre dès aujourd’hui.
Un écosystème fragile
«Nous devons nous préparer à ce qui est potentiellement une immense catastrophe», affirme Ivor van Heerden, professeur à la Louisiana State University à Baton Rouge. Le professeur, connu pour son franc-parler, a été renvoyé l’année dernière par l’Université pour avoir sévèrement critiqué la réaction du gouvernement Bush face au désastre provoqué par l’ouragan Katrina en 2005, ainsi que le manque d’entretien des digues qui devaient protéger La Nouvelle-Orléans. Il doit quitter ses fonctions à la fin du mois de mai.
Le scénario catastrophe qu’évoque le scientifique pour la marée noire a plusieurs facettes. «Les forts vents qui soufflent sur les côtes de Louisiane risquent de faire monter le niveau d’eau de près d’un mètre dans les jours qui viennent, explique-t-il. Or la côte est marécageuse, et à peine à 30?centimètres au-dessus du niveau de la mer. Le pétrole peut donc potentiellement se propager dans une zone immense, qui accueille de nombreux oiseaux et qui a un écosystème très fragile.»
40% des fruits de mer consommés aux USA
En raison des vents, les barrages flottants qui ont été déployés pour protéger les côtes risquent d’être inefficaces. «Ils sont utiles quand les eaux sont calmes, souligne l’expert. Mais ce n’est pas le cas quand il y a des vagues. Et le pétrole qui atteint les côtes sera très difficile à nettoyer, car le sol est marécageux. Il sera aussi difficile de sauver les oiseaux qui y seront englués.»
Les garde-côtes américains ont annoncé mercredi la découverte d’une nouvelle fuite dans le puits sous-marin. Dans ce contexte, l’impact économique risque aussi d’être énorme dans une région qui est encore marquée par Katrina. Près du 40% des fruits de mer consommés aux Etats-Unis sont produits en Louisiane. Cette industrie représente un chiffre d’affaires annuel de 2,4 milliards de dollars. «Les crevettes, les huîtres et les poissons sont menacés, prévient Ivor van Heerden. Le pétrole pourrait avoir un impact énorme sur les espèces marines».
La saison des cyclones
Cette marée noire peut également affaiblir les défenses de la Louisiane face aux ouragans. «La saison des cyclones débute dans un mois ici, ajoute le scientifique. En détruisant la végétation, le pétrole priverait la région de sa première barrière naturelle face aux ouragans. Cela peut avoir des conséquences dévastatrices.» En ligne de mire, on retrouve La Nouvelle-Orléans déjà violemment touchée par Katrina il y a près de cinq ans. «Pour ces aspects-là, cette catastrophe est aujourd’hui comparable à celle de l’ Exxon Valdez en 1989», conclut Ivor van Heerden (lire ci-contre) .