Tant que le premier ministre Somchaï Wongsawat n’aura pas présenté sa démission, les manifestants anti-gouvernementaux ont bien l’intention de continuer à occuper l’aéroport international Suvarnabhumi à Bangkok. L’Alliance du peuple pour la démocratie (PAD) a refusé d’obéir au chef de l’armée thaïlandaise, le général Anupong Paochinda, qui a enjoint les protestataires, lors d’une conférence de presse hier après-midi, d’évacuer immédiatement les lieux. «S’il le faut, je suis prêt à mourir pour mon roi», déclarait même Pichat, un des participants.
L’aéroport est donc, jusqu’à nouvel ordre, entièrement fermé à la circulation et totalement sous contrôle des manifestants. On ne peut y entrer ou en sortir qu’avec leur approbation, des barrages routiers ont été installés sur toutes les routes d’accès à des kilomètres à la ronde.
Touristes mal pris
Du coup, le directeur de l’aéroport a estimé à quelques 3000 le nombre de touristes de toutes nationalités qui se sont retrouvés bloqués sur place mardi soir, certains dans l’attente d’un éventuel vol de retour chez eux, d’autres incapables de quitter le terminal après être arrivés à bord de l’un des rares appareils qui se sont encore posés à Bangkok pendant la nuit, les opposants bloquant toutes les issues.
Mécontents, ces vacanciers ont été nombreux à accuser les autorités de Suvarnabhumi et la police de n’avoir rien fait pour empêcher l’intrusion des manifestants. Selon des témoignages concordants, le personnel des compagnies aériennes aurait tout simplement pris la poudre d’escampette, laissant les passagers se débrouiller seuls, sans aide ni conseils.
L’ambassade suisse a confirmé dans la journée être en contact avec plusieurs Suisses parmi ces passagers malchanceux, sans pour autant être en mesure d’indiquer leur nombre exact. En fin d’après-midi la plupart des touristes avaient finalement été évacués, des autobus affrétés par l’AOT (l’Autorité de surveillance des aéroports de Thaïlande) les ayant emmenés dans des hôtels des environs. A peine une poignée déambulait encore dans le terminal: quelques Allemands, des Britanniques aussi, tous épuisés mais en général plus perplexes que furieux. «Je ne suis pas fâché contre les manifestants», expliquait Werner, un Allemand en attente d’un vol pour Berlin. «Maintenant que j’ai un hôtel, tout est OK. Il faut être patient et les gens sont si gentils ici», dit-il.
Spectacle étrange
En effet, même si voir cet aéroport géant et hypermoderne paralysé par une horde vêtue de jaune, brandissant des drapeaux thaïlandais et des portraits du vénéré roi Bumibhol Adulyadej, est un spectacle pour le moins étrange, la bonne humeur est de mise. Des nattes jonchent le sol, des pyramides de bouteilles d’eau et de fruits s’entassent ici et là. Une immense scène a été érigée devant le bâtiment, où se succèdent discours, slogans et musique.
Et de l’avis général parmi les protestataires, tant pis si 24 heures d’occupation ont déjà coûté à l’économie thaïlandaise quelque 50 milliards de bahts (1,7 milliard de francs), selon les chiffres du quotidien Bangkok Post. C’est sous un tonnerre d’applaudissements que le leader du PAD, Sondhi Limthongul, déclare à la tribune: «Nous sommes de tout cœur avec les passagers, mais c’est une action nécessaire pour sauver la nation thaïlandaise .»
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