La police était prête. Les manifestants aussi. Quelques heures avant l’entrée en vigueur, aujourd’hui, d’une nouvelle loi sur l’immigration qui devait notamment «instaurer» le délit de faciès dans l’Arizona, un magistrat fédéral a ordonné le gel des dispositions les plus controversées du texte.
Signé en avril dernier par Jan Brewer, la gouverneure républicaine de l’Arizona, celui-ci devait notamment autoriser les policiers à vérifier les papiers des personnes qu’ils suspectaient d’être entrées illégalement aux Etats-Unis et à les arrêter sans mandat. La loi exigeait aussi que les immigrés aient toujours sur eux leurs papiers d’identité.?La juge Susan Bolton a hérité de cet épineux dossier, à la suite d’une plainte déposée début juillet par le gouvernement Obama. Dans un jugement de 36 pages, la magistrate estime que «les Etats-Unis ont démontré qu’ils ont de bonnes chances de prouver que les contrôles obligatoires des papiers d’immigration des personnes arrêtées contreviennent à la loi fédérale.» En d’autres termes: pour la juge, la Maison-Blanche est en position de force dans le bras de fer qui l’oppose à l’Arizona et qui devrait connaître son épilogue légal à la Cour suprême.
26?000 clandestins expulsés
La démarche de l’Arizona a été saluée par les mouvements ultraconservateurs comme le Tea Party, mais a provoqué une forte mobilisation des milieux pro-immigration et hispaniques. Plusieurs villes, dont Los?Angeles, ont décrété le boycott de l’Etat. L’Arizona n’a pourtant pas attendu l’entrée en vigueur de sa nouvelle loi pour combattre agressivement l’immigration illégale. Selon des statistiques publiées par l’agence AP, le comté de Maricopa qui comprend la ville de Phoenix, a expulsé 26?000 clandestins depuis 2007 en collaboration avec les autorités fédérales. Ce chiffre représente près du quart du total des personnes reconduites par les Etats-Unis sur cette même période.
La démarche de l’Arizona fait des émules à travers les Etats-Unis. A Fremont, dans le Nebraska, le Conseil municipal vient de retarder aujourd’hui l’entrée en vigueur d’une loi qui avait pour but d’empêcher l’engagement de clandestins dans cette ville. Le texte fait l’objet de deux plaintes au niveau fédéral. Alors que les vacances parlementaires approchent, l’immigration est au cœur des préoccupations aux Etats-Unis et les tensions sont vives. Un porte-parole du puissant mouvement du Tea Party vient d’annoncer sa démission, après avoir écrit un article à caractère raciste sur son blog.
Tensions vives et meurtres d’immigrés
Trois jeunes de 17, 18 et 19?ans ont été inculpés hier pour le meurtre d’Abelino Mazaniego. Cette attaque s’est produite quelques semaines à peine après les jugements dans deux affaires de meurtre d’immigrés hispaniques dans la région de New York. Le 26 mai 2010, Jeffrey Conroy, un jeune homme de 19?ans, a écopé de 25?ans de prison pour avoir poignardé à mort Marcelo Lucero, un immigré équatorien. Six autres jeunes avaient participé à l’agression en 2008 et ont été incarcérés. Le 28 juin, Keith Phoenix a été reconnu coupable du meurtre d’un autre immigré équatorien en décembre 2008. Il risque la prison à vie.