Les appels de la communauté internationale à geler la colonisation juive à Jérusalem-Est ne sont «pas raisonnables», a prévenu hier le ministre israélien des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman. Le propos ne contribuera pas à apaiser la tension qui s’est emparée de la ville au cours des derniers jours. Il ne dissipera pas non plus le malaise qu’a fait naître aux Etats-Unis la décision de construire 1600?logements supplémentaires à Jérusalem-Est. Il confirme toutefois une politique constante: depuis l’annexion de 1967, la politique des gouvernements israéliens a visé à rendre impossible tout partage de souveraineté sur la ville, rappelle Alain Dieckhoff, directeur de recherche au Centre d’études et de recherches internationales (Sciences po, Paris).
– Comment analysez-vous la construction annoncée de logements supplémentaires à Jérusalem-Est?
– Annoncée au moment où le vice-président américain Joe Biden entreprend une tournée destinée à relancer des négociations indirectes entre Israël et la Palestine, la décision ne pouvait pas être perçue à Washington autrement que comme une provocation. Pourtant, il ne s’agit vraisemblablement pas d’une initiative délibérée du premier ministre Benjamin Netanyahou, mais d’une opération routinière, rendue publique par le Comité de planification dans le cadre de la politique de développement des quartiers juifs que tous les gouvernements, de gauche et de droite, ont menée à Jérusalem-Est.
– La colonisation est-elle devenue irréversible?
– Cinquante mille logements ont été construits sur l’espace de 72?km² redessiné au lendemain de l’annexion en juin 1967. L’objectif est de densifier la population juive, et, en encerclant les quartiers arabes, de rendre tout partage de souveraineté impossible. Le bilan est mitigé. Si 190?000?juifs sont maintenant installés à Jérusalem-Est, Israël n’est pas parvenu à endiguer la croissance de la communauté arabe: elle a quadruplé en quatre décennies.
– Quelles peuvent être alors les chances de la négociation?
– Les conditions énoncées par les diverses propositions – dont l’initiative de Genève – vont toujours dans le même sens. Elles tendent toutes à mettre en œuvre le partage de souveraineté – à placer les quartiers juifs sous autorité israélienne et les quartiers arabes sous autorité palestinienne. Force est de constater pourtant que le fossé se creuse entre les avancées intellectuelles et les réalités sur le terrain.
– Les Etats-Unis sont-ils en mesure de contrecarrer le processus d’unification?
– Ils ne se contentent plus de dénoncer l’illégalité des colonies: ils demandent des comptes. Quelles conséquences Netanyahou en tirera-t-il? Le dilemme est délicat. Il lui faut désamorcer la crise ouverte avec Washington sans fragiliser sa coalition. Cela dit, les Etats-Unis mesurent aussi les limites de leur influence. La conjonction de la fermeté israélienne et des divisions palestiniennes ne leur laisse pas une latitude infinie.