PROCHE-ORIENT

«Le Hamas est le seul qui fait quelque chose»

Par KARIM LEBHOUR RAMALLAH le 12.01.2009 à 00:03

En Cisjordanie, le mouvement islamiste est de plus en plus populaire. Car l’amertume est grande face à l’offensive sur Gaza et au silence de l’Autorité palestinienne.

Sous une tente érigée sur un parking du centre-ville, Walid Yassin collecte de la nourriture et des vêtements destinés aux habitants de Gaza. «Je me sens coupable de ne rien pouvoir faire pour eux, confie le jeune homme évoquant les images mortifères en provenance de Gaza. «C’est juste un symbole, nous ne sommes même pas certains que les Israéliens laisseront passer cette aide», ajoute Hannah, une étudiante, convaincue que «Mahmoud Abbas ne fait pas suffisamment pour arrêter ce bain de sang».

Rivés aux écrans de télévision, nombre de Palestiniens de Cisjordanie blâment le silence embarrassé de l’Autorité palestinienne face à l’offensive israélienne, débutée le 27 décembre dernier contre ses rivaux du Hamas.

Mobilisation tardive

«L’Autorité ne commence à se mobiliser que très tardivement sous la pression populaire, relève Jamal Salem, vice-président du centre culturel qui organise la collecte. Pour eux, soutenir Gaza c’est soutenir le Hamas. Ils ne font pas de différence entre les besoins humanitaires et les partis pris politiques», regrette-t-il.

A mesure que le décompte des victimes augmente à Gaza, le président palestinien, Mahmoud Abbas, paraît perdre ce qui lui restait de crédit politique. «A l’Université, de plus en plus d’étudiants soutiennent le Hamas dans cette crise, même ceux qui ne sont pas religieux, assure Mohammed Khatib, un étudiant d’Hébron, venu prêter main-forte pour la collecte. Tout le monde a tourné le dos à Gaza et le Hamas est le seul qui fait quelque chose», poursuit-il.

La tension est réelle. Dans la plupart des villes de Cisjordanie, les manifestations de solidarité avec Gaza ont été émaillées d’incidents avec la police. Vendredi, à Ramallah, des jeunes policiers en civil, armés de bâtons et portant les couleurs du Fatah ont violemment pris à partie quiconque scandait des slogans contre l’Autorité ou en faveur du Hamas.

«Les services de sécurité sont paniqués. Ils ont peur d’une Intifada contre l’Autorité, analyse le journaliste Hassan Balawi. En dépit de ses erreurs, le Hamas apparaît comme la victime et celui qui brandit le flambeau de la résistance, tandis que les dirigeants de l’Autorité sont vus au mieux comme impuissants et au pire comme des collaborateurs.

Mythologie palestinienne

«Quelle qu’en soit l’issue, Mahmoud Abbas sera le grand perdant de cette crise», prédit Balawi, évoquant l’épisode de la bataille de Karameh, en 1968, lorsque des fedayins du Fatah, conduits par Arafat, avaient opposé une féroce résistance à l’armée israélienne dans un camp de réfugiés de Jordanie.

«A l’époque, les fedayins avaient été défaits militairement, mais ils avaient remporté une victoire politique qui avait lancé Arafat et le mouvement national palestinien, rappelle Balawi. Cette guerre à Gaza pourrait bien être celle qui va propulser la popularité du Hamas et le faire entrer à son tour dans la mythologie palestinienne .»

La population de la Cisjordanie manifeste son soutien au peuple de la bande de Gaza. La tension monte avec l’Autorité palestinienne, qui se trouve dans une situation très délicate, puisqu’elle ne peut apporter son soutien au Hamas. 

Obama promet d’agir vite au Proche-Orient

Barack Obama a promis hier de s’engager dans le processus de paix au Proche-Orient et sur la question du nucléaire iranien dès son investiture, le 20 janvier, mais a estimé qu’il lui faudrait plus de temps que prévu pour fermer Guantánamo.

«Ce que je suis en train de faire en ce moment, c’est mettre en place une équipe pour que le 20 janvier, dès le premier jour, nous disposions des meilleures personnes possibles qui pourront s’engager immédiatement dans le processus de paix au Proche-Orient», a déclaré le président élu dans une interview diffusée hier sur la chaîne ABC. Cette équipe «travaillera à mettre sur pied une approche stratégique qui garantisse que les Israéliens et les Palestiniens puissent satisfaire leurs aspirations», a-t-il souligné.

Mais Barack Obama a répété une nouvelle fois qu’en attendant son entrée en fonction, il laissait cette question à l’administration sortante du président Bush.

Sur la question du nucléaire iranien, le futur président a estimé que le régime de Téhéran allait constituer l’un des plus grands défis de son administration, promettant également d’agir vite sur cette question. «Je pense que l’Iran va être l’un de nos plus grands défis», a-t-il déclaré. «Nous préparons cela. Nous anticipons le fait que nous allons devoir agir rapidement dans cette zone», a-t-il assuré, estimant qu’un Iran doté de l’arme nucléaire «pourrait potentiellement provoquer une course aux armements nucléaires au Moyen-Orient».

Obama a promis «une nouvelle approche basée sur le respect et sur une volonté de dialogue (avec Téhéran), mais aussi de la clarté sur ce que nous voulons exactement», alors que l’administration Bush a refusé d’engager un véritable dialogue avec l’Iran.

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