AFFAIRES FRANÇAISES

Eric Woerth se déclare victime des «intérêts suisses»

Par Jean-Noël Cuénod / Paris le 26.07.2010 à 22:25

Le ministre affirme qu’il est «en tête de liste des hommes à abattre» dans notre pays. Mais c’est la police française qui l’interroge demain!

La Suisse est devenue le cauchemar d’Eric Woerth, qui reste englué comme un cormoran mazouté dans les affaires Bettencourt. Interviewé par Philippe Bouvier, rédacteur en chef de l’Oise-Hebdo, le ministre français du Travail dégaine contre «les intérêts suisses» dans cet hebdomadaire local de son fief, Chantilly. Publiée le 14 juillet, cette intervention n’a guère retenu l’attention jusqu’à maintenant. C’est dommage, car elle vaut son pesant de gruyère. Ainsi, l’origine des attaques qui fusent contre lui se nicherait dans notre pays, à en croire le ministre: «Il y a des intérêts suisses auxquels j’ai fait très très très mal. Des gens qui m’ont mis au premier rang des hommes à abattre en priorité.»

Qui sont ces Helvètes qui veulent sa peau? Eric Woerth, comme dans d’autres occasions, reste évasif.

Fichiers volés à Genève
Il évoque ensuite les fameux fichiers volés à la Banque HSBC de Genève et que le ministre a utilisés lorsqu’il était au Budget, malgré leur provenance délictueuse et les protestations véhémentes des autorités helvétiques. A ce propos, il regrette dans Oise-Hebdo le peu de soutien qu’il avait reçu de la part de la presse française. «Déjà l’an passé, quand j’ai sorti les listes d’évadés fiscaux, tout ce qu’on a trouvé à dire, c’est que je n’avais pas le droit, que ce que je faisais était illégal… Et pendant un mois, on a répété que j’étais affaibli. Depuis, il ne se passe pas un mois sans qu’on revienne dire que je suis affaibli…»

Si le ministre juge que la Suisse se trouve à la source de ses ennuis, c’est tout de même les policiers français qui doivent l’interroger aujourd’hui, sauf bouleversement de calendrier de dernière minute. Eric Woerth se rendra donc, sans doute dès demain matin, à la bien nommée rue du Château-des-Rentiers, siège parisien de la Brigade financière de la Police judiciaire (PJ). Cette audition était souhaitée par le ministre lui-même. Elle fait partie des actes d’enquêtes préliminaires que mène la PJ sous la direction du procureur de la République de Nanterre, Philippe Courroye. Les policiers l’interrogeront peut-être sur ce fait nouveau révélé par l’hebdomadaire Marianne. Patrice de Maistre, gestionnaire des biens de la milliardaire Liliane Bettencourt, et Eric Woerth, alors trésorier du parti sarkozyste UMP, se sont rencontrés le 19 janvier 2007. Or, la veille, la comptable de Mme Bettencourt affirme avoir remis à Patrice de Maistre une enveloppe de 50'000?euros en liquide afin de contribuer à la campagne électorale de Sarkozy, somme qui serait bien supérieure à celle autorisée. De Maistre confirme ce rendez-vous avec Woerth mais soutient qu’il ne lui a pas donné cet argent.

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