Présidentielle

Election en Haïti: le favori s’invente un titre d’ingénieur de l’EPFL

Par Dominique Roux le 25.11.2010 à 00:00

Parmi les 18?candidats à la présidentielle, Jude Célestin, affirme être diplômé de la haute école. Or il n’en est rien.

«Je suis diplômé de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (Suisse) en génie mécanique. Dans sa catégorie, L’EPFL est l’une des meilleures écoles au monde.»

Flatteuse pour la haute école des bords du Léman, cette phrase est tirée de la présentation de Jude Célestin, l’un des 18 candidats à la présidentielle, dont le premier tour aura lieu dimanche en Haïti. A 48?ans, ce proche du président sortant René Préval (qui ne peut pas se représenter) est l’un des favoris du scrutin.

Dans un pays frappé par le choléra et dont plus de 1 million et demi d’habitants vit encore dans des conditions effroyables, dix mois après le tremblement de terre du 12 janvier, se présenter comme ingénieur serait un magnifique argument électoral. Qui de mieux, en effet, qu’un scientifique – actif ces dernières années à la tête du Centre national d’équipement qui gère l’essentiel des travaux publics en Haïti – qui de mieux, donc, pour diriger le pays et sa reconstruction?

Pas dans la liste

Le problème, c’est que Jude Célestin n’apparaît nulle part dans les registres de l’EPFL. Son porte-parole, Jérôme Grosse, est formel: «La personne en question n’apparaît pas dans la liste des diplômes d’ingénieurs de l’EPFL.» L’institution n’en dira pas plus.

Cependant, à la décharge de Célestin, d’anciens étudiants n’excluent pas qu’il ait pu fréquenter tel ou tel cours en auditeur libre, mais de cursus menant à un diplôme, pas de trace.

Selon nos informations, Jude Célestin, né le 19 juin 1962 à Port-au-Prince, a bénéficié de 1983 à 1986, d’un permis B délivré par les autorités vaudoises, puis d’un visa touriste de 5?jours en 2007. Mais qu’a donc fait le jeune homme durant ces années passées en Suisse?

«Oh, vous savez, c’était un homme à femmes qui aimait faire la fête», raconte un Haïtien de Lausanne qui l’a bien connu à l’époque, mais préfère garder l’anonymat pour ne pas mettre en danger sa famille restée au pays. «Il passait la plupart de son temps à l’Association des travailleurs antillais de Suisse où il aimait faire le DJ», ajoute ce témoin.

Jude Célestin n’a donc pas laissé le souvenir d’un étudiant studieux, dans la communauté haïtienne lausannoise. On y dit aussi qu’il aimait les voitures et que c’est à cause d’elles qu’il a dû quitter la Suisse.

«Il ne payait plus ses assurances ni ses amendes, dit un autre témoin, et un jour il a été pris, par hasard, dans un contrôle de police à la gare de Lausanne.» A-t-il été expulsé, ou a-t-il quitté la Suisse de son plein gré? «On ne peut pas le dire, répond l’Office fédéral des migrations, cela relève de la protection des données.»

Jude Célestin sera-t-il élu à la tête d’Haïti? Selon les observateurs, il a les moyens financiers et les appuis politiques nécessaires. Malgré des démêlés avec le fisc de Floride – où il posséderait plusieurs maisons – il pèserait plusieurs millions de dollars et bénéficie du soutien du parti présidentiel INITE (unité en créole). Cependant, une victoire au premier tour de «l’ingénieur» semble difficile. Réponse dimanche.

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