RENCONTRE

La colère d’une Afghane traquée dans son pays

Par Francine Brunschwig le 12.02.2010 à 00:03

Députée mise à l’index et condamnée à la clandestinité dans son pays, Malalaï Joya dénonce la corruption des seigneurs de la guerre.

«Si c’était vos propres enfants, resteriez-vous silencieux? Stoppez cette guerre criminelle, retirez vos troupes d’occupation et laissez-nous nous débrouiller tout seuls!» Voila ce que l’Afghane Malalaï Joya dirait à Barack Obama si elle pouvait le rencontrer. Le président américain, affirme la militante au franc-parler, se révèle pire que Bush. «Les frappes américaines tuent de plus en plus de civils.»

Pour l’heure, cette jeune femme de 32?ans, expulsée du parlement afghan pour l’avoir comparé à un «zoo» rempli de «dragons», enchaîne les interviews pour promouvoir son livre. Celle qui fut la plus jeune députée élue en 2005 veut mobiliser les citoyens des pays occidentaux contre l’envoi de troupes dans son pays.

Difficile d’imaginer que la jeune femme vêtue d’un costume pantalon noir qui nous reçoit dans un hôtel parisien arpente les rues de Kaboul dissimulée sous une burqa, changeant de maison tous les deux jours pour échapper à ses ennemis. «Je recours à différentes stratégies pour me cacher. Je sais que les seigneurs de la guerre, des fondamentalistes qui portent costume et cravate et se prétendent démocrates, veulent ma peau. J’en ai la preuve.» Cinq fois déjà, Malalaï et ses gardes du corps, qui ne la quittent pas, ont déjoué des tentatives d’attentat. «Je n’ai pas peur de la mort mais bien plus du silence face à l’injustice», clame la très courageuse Malalaï.

«Nous avons trois ennemis: les forces d’occupation, les seigneurs de la guerre et les talibans.» Pour Malalaï Joya, son pays est dirigé par des hommes corrompus. «Le premier d’entre eux est le président Karzaï et ses deux vice-présidents», accuse l’Afghane, qui a grandi dans des camps de réfugiés au Pakistan.

Sa famille a quitté l’Afghanistan en 1982, fuyant l’invasion soviétique. Retour au pays en 1998. Elle défie alors les talibans au pouvoir. «J’ai rejoint une organisation de défense des femmes et j’enseignais clandestinement aux filles bannies des écoles.» C’est à ce moment-là qu’elle a appris à marcher vite et la tête en bas. «Sous ma burqa, je cachais des livres scolaires. Ce vêtement est un instrument d’oppression, mais il est aussi synonyme de vie car il me permet de me déplacer sans être reconnue.»

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