FRANCE

Chirac passe de l’Elysée à la Correctionnelle

Par Jean-Noël Cuénod / Paris le 31.10.2009 à 00:01

L’ancien président est mis en cause pour des emplois fictifs à la mairie de Paris. Toute la Chiraquie s’effondre. Le Front national en tirera-t-il profit?

Triste entrée dans l’Histoire de France: Jacques Chirac est le premier président de la République à se voir traduit en justice. Avant lui, seuls deux chefs d’Etat avaient subi un tel sort: Louis XVI et Pétain.

La juge d’instruction Xavière Simeoni a signé hier matin l’ordonnance de mise en accusation renvoyant l’ancien maître de l’Elysée devant le Tribunal correctionnel de Paris pour s’y faire juger. Cette magistrate de 57?ans, expérimentée et au fort caractère indépendant, a retenu deux chefs d’accusation contre l’ancien président: détournements de fonds publics et abus de confiance. Le nom de Chirac a été cité à maintes reprises dans des dossiers politico-judiciaires. Jusque-là, l’ex-président avait pu échapper aux procès. Ce ne sera plus le cas. La date des audiences n’est pas encore fixée.

Les faits incriminés se déroulent de 1993 à 1998, lorsque Jacques Chirac était maire de Paris. Il est accusé d’avoir donné 21 emplois fictifs à des cadres de son parti d’alors, le RPR, ou à des connaissances appartenant à ses vastes réseaux.

Le petit-fils du général
Parmi les supposés bénéficiaires de ce système figurent Marc Blondel, alors secrétaire général du syndicat FO, très puissant au sein de la mairie, François Debré, frère de Jean-Louis, qui préside le Conseil constitutionnel, et Jean de Gaulle, petit-fils du général. C’est donc l’argent des contribuables qui aurait été utilisé à cette fin. Ce que conteste Jacques Chirac.

Ces accusations ont pour contexte le financement de la vie politique française. Dans ce registre, le Parti socialiste a été lui aussi surpris la main dans le pot de confiture. Depuis l’élection du président de la République au suffrage universel, dès 1965, le coût des campagnes a pris des proportions vertigineuses. D’où le recours à des méthodes douteuses pour financer des partis devenus de grandes machines électorales. Depuis, un certain nombre de lois ont eu pour but d’assainir cette situation.

Système Chirac?
C’est aussi le système Chirac qui est ainsi mis en cause. Un système qui développe le clientélisme de réseaux et les renvois d’ascenseurs. «Système» est un mot qui fait d’ailleurs réagir Jacques Chirac. Pour lui, le fait que la juge Simeoni n’a retenu que 21 emplois litigieux sur les 481 qu’elle a examinés contredit tout développement systémique. Il clame donc son innocence et affirme qu’il démontrera aux juges de la Correctionnelle que chacun de ces 21 emplois constituait une nécessité et qu’ils n’avaient rien de fictifs.

Ce renvoi en jugement intervient après une série de déboires judiciaires qui ont frappé les proches de l’ex-président (24?heures d’hier) . Nicolas Sarkozy peut-il tirer profit des ennuis de son prédécesseur? C’est peu probable. «Lorsqu’on met du fumier dans un ventilateur, tout le monde est éclaboussé», aime à dire Jacques Chirac. Qui utilise un autre mot que celui de «fumier», en l’occurrence! Seul le Front national peut prendre avantage de cette situation. En surfant sur son slogan préféré: «Tous pourris, sauf nous».

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