Sur l’écran de l’ordinateur s’affiche le plan d’une ville. Une ligne de pointillés avance. Elle s’approche d’un gros point signalé sur l’écran. Silvia clique sur sa souris et zoome sur la carte. Les pointillés s’éloignent. On dirait un jeu vidéo. Mais ce n’en est pas un. Silvia fait partie des six personnes du centre de surveillance qui veillent sur les femmes victimes de violences conjugales.
Depuis juillet dernier, l’Espagne a mis en place un système de bracelets électroniques pour mieux assurer la protection des femmes menacées.
3000 dispositifs prévus
Sur décision de justice, un bracelet est fixé à un poignet ou à une cheville de l’agresseur, qui a ordre de ne pas s’approcher de celle qu’il a maltraitée. De son côté, la victime est équipée d’un émetteur avec bouton d’urgence, qui lui permet d’appeler et d’être localisée en cas de danger. Jusqu’ici, 55 bracelets ont été posés dans tout le pays. Mais le système n’en est qu’à ses prémisses, puisque 3000 dispositifs vont être mis à la disposition des juges.
C’est ici, dans cet immeuble des alentours de Madrid, que le contrôle est assuré. «Le dispositif a un effet dissuasif sur l’homme qui se sait surveillé, explique Carlos Martin, le coordinateur de l’équipe. Il apporte aussi une sécurité à la femme, qui se sent accompagnée.»
Dans la salle de contrôle, un écran affiche au mur les interventions du jour et le niveau d’alerte: alerte verte pour les pannes de batterie ou pour ceux qui tentent de se débarrasser du bracelet. Alerte rouge pour ceux qui n’ont pas respecté les périmètres d’exclusion imposés par le juge.
600 alertes en cinq mois
Si l’homme passe les limites, l’alarme se déclenche dans le centre de surveillance. La suite est une question de secondes, celles qui peuvent sauver une vie: l’agresseur et la victime sont localisés par GPS; l’homme est rappelé à l’ordre; s’il ne rebrousse pas chemin, la police est envoyée sur les lieux et la victime est alertée. En moins de cinq mois, l’alarme a sonné 600?fois; la police a été sollicitée dans plus d’un tiers des cas.
L’expérience intéresse les pays voisins. Il y a quelques jours, des représentantes des gouvernements français, autrichien, portugais et chilien se sont rendues sur place pour observer le dispositif, avec l’ambition non dissimulée de s’en inspirer.
La Française Nadine Morano, secrétaire d’Etat à la Famille et à la Solidarité, s’est montrée enthousiaste. Elle a convaincu le premier ministre, François Fillon, d’annoncer aujourd’hui, Journée mondiale de la lutte contre la violence faite aux femmes, la mise en œuvre d’une série de mesures pour assurer leur protection, dont le fameux bracelet. Il devrait être expérimenté dès 2010 en France, tout comme les téléphones portables d’urgence, l’un des autres instruments espagnols conçus pour assurer la protection des femmes menacées.
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