FRANCE

Avec l’arrivée du froid et la montée de la crise, la mort frappe les SDF

Par JEAN-NOËL CUÉNOD, PARIS le 28.11.2008 à 00:01

Le corps d’un sans-logis a été découvert mercredi soir. C’est le cinquième décès survenu dans les rues de Paris et des environs en un mois. Témoignages de ceux qui vivent au Bois de Boulogne. Le haut-commissaire Martin Hirsch s’explique.

«Ce qu’on veut? Mais ne plus mourir, c’est tout! Tous ces morts, chaque jour, faut que ça s’arrête. On n’en peut plus. Qu’on nous donne enfin des logements décents!» Emmanuel, 45 ans, vit sous tente au Bois de Boulogne. Sans travail. Sans vrai toit. Depuis? «Oh, depuis bien longtemps».

Comme des centaines de SDF et d’organisations de soutien, il s’est rendu mercredi soir devant la Fontaine des Innocents, près des halles à Paris, afin de célébrer la mémoire des 150 sans-logis morts en six mois dans toute la France. Soit 265 en un an, selon Emmaüs.

Au même moment, non loin de là, à Gennevilliers, le corps d’un SDF est découvert dans une camionnette. C’est le cinquième décès dans les rues parisiennes et des environs en un seul mois.

Rachid Benferhat, directeur territorial à Emmaüs Paris, a découvert un autre cadavre mardi. «Il se trouvait à l’extérieur de sa tente, dans l’un des coins du bois où les SDF se sont réfugiés. Cet homme avait 45 ans environ. Cela faisait vraisemblablement deux jours qu’il était décédé», précise-t-il.

Des logements d’urgence existent, certes, mais pas en suffisance. Patrick Rouyer, délégué général adjoint d’Emmaüs fait les comptes: «Aux Bois de Vincennes, nous estimons le nombre de SDF à 150 ou 200 et aux Bois de Boulogne entre 50 et 80. Dans Paris intra-muros, il est encore plus difficile de donner des chiffres. Un soir, il y en a peut-être 200 dans la rue et un autre, 600. En règle générale, on compte à Paris 12 000 à 15 000 personnes en état d’exclusion extrême. 8000 d’entre eux sont hébergés et les autres sont donc à la rue. En fait, ils vont et viennent entre la rue et les places d’hébergement.» Et avec la montée de la crise et l’arrivée du froid, la situation empire.

Ces asiles sont souvent rejetés par les SDF, pourquoi? Un autre sans-logis du Bois de Vincennes, Patrick le Breton s’en explique devant la Fontaine aux Innocents auprès… d’un membre du gouvernement, le haut-commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté, Martin Hirsch: «Mais allez-y donc dans ces foyers, m’sieur le ministre! C’est simple, à côté, une porcherie est plus propre! C’est honteux. On y chope la gale et les poux. On vit dans la merde là-bas.»

Alors lorsque la ministre du Logement Christine Boutin évoque la possibilité de forcer les SDF à dormir dans ces lieux d’hébergement à partir de moins six degrés, plusieurs sans-logis protestent.

Pas sous la contrainte

Sans désavouer publiquement sa collègue, Martin Hirsch rassure: «On ne contraindra personne. Mais on ne peut pas se rendre coupable de non-assistance à personne en danger dans les cas où un SDF n’est plus à même de choisir.»

Et qui sont-ils, ces sans-logis? Patrick Rouyer répond: «Oui, il y a d’anciens taulards. Mais on trouve aussi des cadres supérieurs éjectés de leur entreprise et qui ont subi un divorce traumatisant. Oui, il y a des cas psychiatriques. Mais on voit aussi des gens qui ne souffrent d’aucun trouble. Et ne l’oubliez pas, plusieurs SDF travaillent. Je peux vous citer le cas d’un maçon qui vit sous une tente aux Bois de Vincennes. Il se rend tous les jours à son chantier et cotise à la sécurité sociale. Mais son salaire ne lui permet pas de payer un loyer dans la région parisienne. D’ailleurs, où y trouver un logement?

 


 

La «maraude» d’Emmaüs

Pour aider les sans-logis, Emmaüs organise des «maraudes». Explication de Patrick Rouyer, délégué général adjoint: «Il s’agit d’un petit groupe d’Emmaüs qui quadrille un territoire à Paris et dans ses environs. Ils vont au-devant des sans-logis pour leur proposer des droits et un ailleurs. Il est essentiel de rappeler aux SDF qu’ils ont des droits, par exemple à la Couverture maladie universelle, la CMU, qui leur permet de se faire soigner gratuitement. Nous leur proposons aussi un «ailleurs», c’est-à-dire de leur trouver une place d’hébergement, s’ils le souhaitent.

«Nous voulons développer avec eux un accompagnement social au long cours. Attention: nous ne faisons pas de l’évangélisation. Lorsqu’il a créé Emmaüs, l’abbé Pierre a voulu que ce mouvement reste laïque.»

J.-N. C.

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