TOULOUSE

Huit ans après, l’explosion d’AZF reste couverte de mystères

Par ALAIN JOURDAN le 23.02.2009 à 00:01

Le procès de la catastrophe de l’usine chimique s’ouvre aujourd’hui devant le Tribunal correctionnel de la ville.

21 septembre 2001, 10?h?18… A Toulouse, huit ans après l’explosion, personne n’en a oublié le bruit, ni l’odeur âcre ni les images de lendemain de guerre. La population reste profondément traumatisée par?ce qu’elle a vécu. En une fraction de seconde, l’usine chimique AZF a volé en éclats, laissant au sol un cratère de 10?mètres de profondeur et de 50 mètres de diamètre. Une scène de guerre avec son cortège de drames humains. Le bilan de cette apocalypse: 30 morts, 2500?blessés, 30 000 logements endommagés.

Le temps n’a rien effacé. «L’émotion est intacte», raconte Franck Hériot, auteur de AZF, l’enquête assassinée*, paru chez Plon ces jours derniers. «Plus de 5000?personnes souffrent toujours de troubles psychologiques», poursuit le journaliste, qui n’exclut pas quelques rebondissements durant le procès, qui doit durer quatre mois. Sur le banc des accusés, Serge Biechlin, ancien directeur d’AZF, et la société Grande Paroisse, propriétaire de l’usine (filiale du groupe Total), en qualité de personne morale. Ils sont poursuivis pour «homicides et blessures involontaires», «destructions de biens et dégradations involontaires par l’effet d’une explosion».

Depuis huit ans, la thèse officielle est celle d’une explosion due à un mélange accidentel de composés chimiques avec du nitrate d’ammonium. Un scénario qui n’emporte pas, aujourd’hui encore, l’adhésion de tous les experts. La population, elle, reste convaincue qu’on a tout fait pour lui cacher la vérité. L’empressement du procureur de l’époque, Michel Bréard, à exclure la possibilité d’un attentat, a nourri le doute et alimenté les rumeurs les plus folles. Les fuites à propos d’une note des renseignements généraux sur un employé musulman «vêtu comme un kamikaze» et mort dans l’explosion, ainsi que les nombreuses révélations sur les failles de l’enquête ont emporté la conviction des Toulousains.

Débat d’experts

«C’est vrai qu’il y a un problème. Tout ce qui n’allait pas dans le sens de la thèse officielle a été écarté», explique Franck Hériot. Un policier aurait même démissionné parce qu’on lui reprochait de trop s’intéresser à la piste de l’attentat. Son témoignage est très attendu.

Avocat de la famille d’une des victimes tuées lors de l’explosion, l’avocat thononais Georges Rimondi ne croit pas du tout à un attentat. «Pour la bonne et simple raison qu’il n’y a jamais eu de revendication. La thèse de l’accident est la seule vraisemblable et intellectuellement acceptable», explique-t-il. Ce que redoute ce pénaliste aguerri, c’est le long débat d’experts qui s’annonce comme l’un des temps forts de ce procès hors norme: 3000 plaignants, 1600 parties civiles, 200 témoins, 50 avocats, une salle de 1000?places…

«S’il y a trop de doutes, il n’y aura pas de coupables», s’inquiète Georges Rimondi. Les Toulousains, eux, espèrent enfin obtenir une explication plausible et définitive. «On attend que Total rende enfin des comptes sur cette gigantesque catastrophe industrielle et que cette multinationale arrête de camoufler la vérité», martèle, pour sa part, Gérard Ratier, président de l’Association des familles endeuillées.?

AZF, l’enquête assassinée, Franck Hériot, Jean-Christian Tirat, Plon, 2009

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