FRANCE

L’Alsace sauve la droite du désastre aux élections régionales

Par JEAN-NOËL CUÉNOD PARIS le 21.03.2010 à 23:11

La patronne du PS, Martine Aubry, rate son pari. Mais le deuxième tour apporte à la gauche unie son plus haut score dans ce type de consultations.

L’Alsace sauve la droite du désastre électoral. Le sénateur UMP Philippe Richert a mené une campagne axée au centre en suivant l’exemple de son mentor, feu Adrien Zeller, qui gouvernait l’Alsace. Richert l’a emporté assez nettement sur la liste de gauche unie, 47,1% contre 38,7%. Le Front national emmené par Patrick Binder parvient à 14,2%.

La droite perd la Corse
La patronne du Parti socialiste, Martine Aubry, a donc raté son pari. Elle visait la totalité des régions en France métropolitaine (c’est-à-dire sans l’outre-mer). Cela dit, elle peut fort bien se consoler avec la Corse, qui était l’une des deux seules régions gouvernées à droite et qui tombe dans l’escarcelle de la gauche unie. L’Alsace sera donc la seule région de la métropole à être présidée par l’UMP.

Autre motif de satisfaction pour Martine Aubry, les listes PS?-?Europe Ecologie?-?Front de Gauche engrangent 54,6% (49% en 2004) des suffrages sur l’ensemble de la France alors que l’UMP se traîne avec 36,1%. D’ailleurs, le secrétaire général du parti sarkozyste, Xavier Bertrand, affichait une mine sombre devant les caméras pour annoncer que «la gauche a gagné ces élections». En effet, elle n’avait jamais atteint une telle performance lors des régionales.

Cela dit, l’abstention reste importante (47,7%) même si elle est moins affirmée qu’au premier tour (53,6%).

Succès des Le Pen
L’autre enseignement de ce second tour est le score impressionnant que le Front national a obtenu là où il s’est trouvé en mesure de rester en lice. Ainsi, en région Provence-Alpes-?Côte d’Azur, Jean-Marie Le Pen draine presque le quart des électeurs. Sa fille, Marine, au Nord-Pas-de-Calais – région gagnée sans difficulté par la gauche unie de Daniel Percheron – talonne la secrétaire d’Etat UMP Valérie Létard avec près de 23% des voix. Cette performance lui permettra sans doute de succéder à son père à la tête du Front national. Son rival, Bruno Gollnisch, a certes fait un bon score en Rhône-Alpes (14,8%) mais nettement moins élevé que celui de Marine Le Pen.

Le régime des retraites en point de mire
Pour l’UMP, ces régionales se concluent par une sévère défaite mais on ne saurait la qualifier de catastrophe. Comment le président Sarkozy réagira-t-il? Par un bouleversement au sein de son gouvernement? Non. Le secrétaire général de l’Elysée – véritable No 2 du pouvoir sarkozyen – a déjà fait répandre cet oracle dans les médias français: François Fillon restera premier ministre, Xavier Bertrand conservera la tête de l’UMP. Seuls quelques maroquins ministériels changeront de détenteurs.

Le ministre du Travail, Xavier Darcos, sort très affaibli de l’élection au Conseil régional d’Aquitaine remportée par les socialistes. Or, le front social s’enflammera dès demain par une journée d’action nationale qu’organisent les cinq principaux syndicats, notamment pour la sauvegarde des retraites, qui sera le sujet le plus important de cette deuxième partie du mandat présidentiel. En effet, Nicolas Sarkozy doit réformer le régime des retraites. Nul doute que la grogne syndicale retentira. Le président aura donc besoin d’un homme fort au ministère du Travail.


 

 

Martine Aubry veut conforter «la gauche solidaire»

Ah l’Alsace! Maudite Alsace! Imprenable Alsace. Sans elle, la gauche faisait le grand chelem en France métropolitaine. Hier soir, sous la tente installée au siège du Parti socialiste, rue de Solférino à Paris, elle n’a pourtant pas gâché la fête. «C’est l’Alsace conservatrice qui s’est réveillée», constate le député européen Henri Weber, pas étonné pour un sou.

«Ce qui compte, c’est l’écart considérable et sans précédent entre gauche et droite», relève Jean-Louis Bianco, presque inaudible dans les hourras qui accueillent la victoire. «Les régions qu’on disait incertaines, comme la Lorraine, sont restées à gauche. Même la Corse est gagnée», ajoute l’ancien ministre de Mitterrand.

Quand Martine Aubry arrive sous la tente, les militants laissent exploser leur joie. «Les Français ont parlé, il faut qu’ils soient entendus», déclare la première secrétaire du PS. Mme Aubry attend du gouvernement un «changement politique profond». «La gauche solidaire doit encore se conso-lider et s’étendre», ajoute-t-elle.

Victoire donc, mais sans triomphalisme. Ce n’est peut-être pas plus mal. En 2004, après la vague rose lors des régionales, l’essai n’avait jamais été transformé. Au contraire, l’année suivante, le PS s’entre-déchirait lors du référendum sur la Constitution européenne. On peut gagner les régionales et mordre la poussière aux présidentielles. «En 2004, le succès socialiste était une surprise. Aujourd’hui, il y a une vraie dynamique», veut croire un militant parisien.

L’essentiel de ces régionales est ailleurs. Dans l’éclosion de deux partenaires possibles du PS. L’entente cordiale des trois «copines», Martine Aubry, Cécile Duflot et Marie-George Buffet, peut donner lieu à une nouvelle forme d’alliance à gauche. Gauche plurielle? «Solidaire», préfèrent les intéressées. Pour l’instant.

Et Martine Aubry? Le scrutin d’hier marque-t-il un tournant dans sa carrière? «On n’a pas voté hier pour désigner le candidat socialiste à la présidentielle», s’empresse de préciser Jean-Louis Bianco, fidèle de Ségolène Royal.

C’est clair. Pas de carte blanche à Martine Aubry pour 2012. Il faudra encore se battre, notamment l’an prochain, lors des primaires. La maire de Lille, ancienne ministre de Mitterrand et de Jospin, ira-t-elle jusqu’au bout? «Surmontera-t-elle le syndrome Delors?» s’interroge un observateur, rappelant que son père, Jacques Delors, à qui on promettait l’Elysée en 1994, s’était fait longtemps désirer. Avant de renoncer.

MATHIEU VAN BERCHEM PARIS


 

 

Rhône-Alpes reste rose et Verte

La région Rhône-Alpes n’échappe pas à la règle. Avec environ 50% des suffrages exprimés, la gauche et les écologistes unis à l’issue du premier tour, l’emportent.

Le président sortant, Jean-Jack Queyranne, est réélu. Il bat la candidate de la majorité, Françoise Grossetête (34%), et le candidat du Front national, Bruno Gollnisch (16%).

A l’annonce des résultats, le socialiste s’est tout d’abord réjoui du «regain de mobilisation» par rapport au premier tour. Le taux de participation en Rhône-Alpes étant passé de 43,2% au premier tour, le 14 mars, à près de 50%.

Commentant le résultat de son camp, il a ajouté: «La gauche est toujours plus forte quand elle est unie: ce second tour nous en apporte une nouvelle fois la preuve avec ce qui, pour Rhône-Alpes et pour notre pays tout entier, ressemble d’ores et déjà à un nouveau printemps de la gauche.»

Qualifiant la défaite de l’UMP de «cinglante», il s’est par ailleurs inquiété de la progression du Front national. «En Rhône-Alpes, nous serons particulièrement vigilants aux idées d’extrême droite», a-t-il assuré.

Dans le détail, en Haute-Savoie, la gauche est aussi en tête avec 44,96%, devant l’UMP (40,73%) et le FN (14,31%). Tandis que dans l’Ain, les résultats définitifs affichent Queyranne en tête avec 47,28%, l’UMP 36,07% et le FN 16,65%.

En Franche-Comté
Du côté de la région Franche-Comté, le taux de participation a atteint 57,94%. La présidente socialiste sortante, Marie-Guite Dufay conserve elle aussi son fauteuil grâce à une liste d’union de la gauche. Elle obtient 47,41% des voix. Et passe ainsi devant le secrétaire d’Etat à la Coopération et à la francophonie, Alain Joyandet (38,36%) ainsi que devant le Front national qui enregistre un score de 14,23%.

 

MARIE PRIEUR

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