Provocation ou coïncidence? C’est à côté de Regensbourg, cette paroisse de la Bavière que Benoît XVI considère comme sa patrie, que l’évêque Richard Williamson a enregistré son interview niant l’holocauste et les chambres à gaz. Le prélat animait un séminaire de la Fraternité Saint Pie X. Il avait mis en garde ses interlocuteurs contre la diffusion de ses paroles qui risquaient «de lui coûter la prison». Le procureur de Regensbourg affirmait effectivement, en fin de semaine dernière, avoir ouvert une enquête contre lui.
Le négationnisme en Allemagne est un crime et peut être puni de 5 ans de prison. Que Benoît XVI, le pape allemand, n’hésite pas à ouvrir les portes de son Eglise à cet «évêque antisémite», est un acte de «provocation pratiquement inimaginable», tonne le vice-président du consistoire des juifs en Allemagne, Dieter Grauman, une quasi-rupture du dialogue judéo-chrétien. «Qui honore un négationniste se déshonore lui même», insiste-t-il, soulignant que l’anti-judaisme imprègne l’ensemble de la communauté intégriste de la Fraternité Saint Pie X, qui décrivait encore récemment dans une lettre officielle les juifs comme les «meurtriers de Dieu».
Son indignation est unanimement relayée par les commentateurs, tous médias confondus. Le quotidien munichois Süddeutsche Zeitung balayait hier du revers de la main l’argument avancé par le Vatican, selon lequel le pape n’a pas à se prononcer sur les déclarations de Williamson. Le quotidien libéral Frankfurter Rundschau stigmatisait, lui, le «péché du pape», interrogeant: «Quelle serait la réaction si un dignitaire musulman assurait que 200?000 à 300?000 juifs tout au plus ont péri dans les camps de concentration et que les chambres à gaz n’ont jamais existé».
Vague de protestations
La conférence des évêques allemands, qui se félicitait encore samedi de la levée d’excommunication papale comme «d’un pas en avant dans l’unité de l’église», était contrainte hier de se distancier des déclarations de l’évêque Williamson. Sans contenir pour autant une vague des protestations qui ébranle à son tour les rangs des catholiques. Le mouvement de base «Nous sommes l’Eglise», condamne ainsi la remise en cause croissante de l’esprit du concile Vatican II qui conduit logiquement le pape à réintégrer ceux qui lui sont restés hostiles.
Benoît XVI ruine à nouveau son image dans un pays ou la religion et l’œcuménisme gardent une dimension sociale et politique de taille. Connu pour son conservatisme, son dogmatisme, son élection avait laissé bien des Allemands froids. Les protestants en premiers. Il avait su conquérir la sympathie de ses concitoyens en septembre 2006, lors de son voyage en sa Bavière natale.
Puis il a blessé depuis tour à tour les protestants en leur contestant la qualité d’Eglise, les juifs en prônant leur reconnaissance de Jésus comme «le sauveur». En renouant ouvertement avec les intégristes de la droite extrême, le pape allemand semble revenu à sa case départ.