Lorsqu’il a abandonné son poste au quartier général de la Garde nationale de Gaza, pris sous le feu du Hamas le 14 juin 2007, Ali Saïd pensait que le coup de force islamiste serait une parenthèse de «deux ou trois mois au plus». Deux ans plus tard, ce militaire d’une trentaine d’années passe le plus clair de son temps à ronger son frein chez lui, sans grand espoir de retrouver bientôt son uniforme. «On ne pensait pas que le Hamas accaparerait tous les pouvoirs. Administration, ministères, police, ils contrôlent tout!» Ali Saïd continue de toucher son salaire de l’Autorité palestinienne avec le sentiment de vivre «étouffé» par le blocus qui lamine l’économie et le règne sans partage du Hamas. «Gaza a changé. Les gens n’osent plus parler contre le régime. Celui qui l’ouvre finit avec une balle dans le genou», dit-il en évoquant une pratique régulière des militants du Hamas contre leurs opposants.
«Le sang a coulé»
«Les citoyens n’ont rien à craindre. Seuls ceux qui reçoivent des ordres de Ramallah pour semer la pagaille sont visés», rétorque Abou Hassan. Le jeune homme fait partie des Brigades Qassam, l’aile militaire du Hamas dont les combattants aguerris ont mis en déroute les forces de sécurité loyales au président Mahmoud Abbas. «Le sang a coulé, c’est vrai, mais c’était nécessaire. Il fallait mettre fin au chaos qui régnait à Gaza. Sans cela, le nombre de morts aurait encore été plus élevé», assure le militant, qui se satisfaisait d’avoir débarrassé le territoire de «ces chefs du Fatah qui protégeaient des réseaux de drogue et de prostitution».
Ni le blocus renforcé, ni même l’offensive israélienne meurtrière de décembre dernier ne semblent avoir entamé le pouvoir du Hamas. Grâce aux «taxes» perçues sur le lucratif trafic des tunnels de contrebande, les finances du mouvement islamiste sont florissantes. Certains de ses cadres rachètent les grands hôtels de Gaza. Les salaires des employés du Hamas sont versés rubis sur l’ongle.
Grâce à ses relations au sein du mouvement, Abou Hassan confie même s’être lancé dans le commerce. Pas question pour autant de raccrocher son fusil kalachnikov et d’abandonner la lutte armée contre Israël. «Ce qui a été pris par la force ne peut être repris que par la force. Le Hamas a choisi le chemin de la résistance. Le Fatah, lui, négocie depuis quinze ans. Qu’est-ce qu’ils ont obtenu?» lance le jeune militant contre le parti de Mahmoud Abbas.
Guerre fratricide
Ces dernières semaines, des affrontements sporadiques entre forces de sécurité et militants du Hamas en Cisjordanie ont fait une dizaine de morts. «Si l’Autorité continue de harceler la résistance en Cisjordanie, ils devront s’attendre à des assassinats contre leurs chefs», menace Abou Hassan.
Prélude d’une nouvelle flambée de violence? Ali Saïd, le «Fatahoui», partage cette analyse. «Le Hamas a suscité trop de rancœurs à Gaza, dit-il. Ceux dont le frère ou le père a été tué ruminent leur vengeance. Un jour ou l’autre, ça explosera.» La guerre fratricide entre les factions palestiniennes est loin d’être terminée.