CLIMAT

Accord croupion à Copenhague

Par PHILIPPE DUMARTHERAY le 18.12.2009 à 22:35

Après des heures de tractations, les chefs d’Etat ont réussi à concocter un texte aux ambitions limitées.

La conférence de Copenhague devait, officiellement, se terminer hier soir à 18?heures. Finalement, c’est sur le coup de 21?h?55 que la nouvelle est tombée. C’est un responsable de l’administration américaine qui l’a annoncé brièvement. «Les Etats-Unis, la Chine, l’Inde et l’Afrique du Sud ont trouvé un accord significatif sur le changement climatique.» Mais, très vite, ce responsable américain a relativisé la portée de cet accord en le qualifiant de première étape. «Ce n’est pas suffisant pour combattre la menace du réchauffement climatique.» Toutefois, ce texte prévoit de limiter la hausse de la température à 2?degrés.

L’accord a été trouvé au terme d’une rencontre de la dernière chance entre le président Obama, le premier ministre chinois, Wen Jiabao, le premier ministre indien Singh et le président sud-africain Zuma. Pays riches et pays en développement ont également accepté d’établir une liste de leurs engagements et des mesures prises pour contrer le réchauffement climatique et de fournir par le biais de «communications nationales» des informations sur l’état de leurs émissions.

Tout au long de la journée, des réunions entre chefs d’Etat ont tenté de sauver ce qui pouvait l’être dans un climat de tension. Un premier texte, puis un deuxième et un troisième, ont circulé toute la journée. Face à des dissensions persistantes, l’ONU a demandé aux délégations de ne pas partir vendredi soir. Et même la sacro-sainte photo de famille des chefs d’Etat a dû être différée. Il est vrai aussi que personne n’avait le cœur à sourire.

Mal parti pour la planète
Le dernier texte en date, hier soir, contenait toujours l’ambition de maintenir une hausse de la température moyenne qui soit inférieure à 2 degrés, voire à 1,6 degré lors d’une révision de l’accord en 2016. Mais il restait à définir les moyens pour y parvenir. Selon une note confidentielle de l’ONU, les chiffres des promesses des uns et des autres conduiraient en fait à une hausse des températures moyennes de 3?degrés. C’est-à-dire une élévation qui conduirait à un emballement de la machine climatique.

Pour Dominique Bourg, professeur à l’Université de Lausanne et conseiller de Nicolas Hulot, cela s’annonce très mal. «Entre l’ambition de limiter la hausse de la température à 2?degrés et les engagements pris, il n’y a aucune proportion. C’est mal parti pour la planète Terre. Copenhague est un échec, cela n’a rien à voir avec les exigences climatiques. Il n’y aura pas d’accord précis et contraignant. Avec la Chine et les Etats-Unis, on reste paradoxalement comme à l’époque de Bush. Qui aurait pensé ça il y a une année lors de l’élection de Barack Obama!»

Et c’est vrai que le président américain, arrivé hier matin à Copenhague, n’a pas infléchi sa position. Il a simplement maintenu son objectif de diminuer les gaz à effet de serre de son pays de 17% d’ici à 2020 par rapport à 2005. Cela ne donne qu’un petit 4% par rapport à 1990.

Cela cadrait du reste avec ce qu’il annonçait du haut de la tribune. «Nous voulons un accord, même imparfait. Le temps presse.» Enfin, dans le troisième projet, baptisé Accord de Copenhague, des chiffres étaient annoncés. Mais surtout pour l’horizon 2050, soit 80% pour les pays industrialisés et 15 à 30% pour les pays émergents.

Ce sommet de Copenhague a toutefois avancé sur le financement à apporter aux pays en développement. Un consensus semble s’être fait sur une aide immédiate de 30 milliards de dollars jusqu’en 2012 et jusqu’à 100 milliards de dollars par an d’ici à 2020. Là encore ce résultat doit être finalisé.

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