Le bilan de l’accident intervenu dans la centrale hydroélectrique de Saïano-Chouchenskaïa, en Sibérie, n’était hier officiellement que de douze morts. Mais l’ampleur de l’inondation n’invite pas à l’optimisme. En fait, les équipes de recherche ont peu d’espoir de retrouver des survivants parmi les 64 ouvriers encore portés disparus dans ce barrage situé à quelque 3000 km à l’est de Moscou.
Cause du drame? Un transformateur de la centrale aurait explosé lors de réparations, provoquant l’effondrement des murs et du plafond de la salle des turbines et submergeant les employés dans une masse d’eau. Au moment de l’accident, une centaine de personnes travaillaient sur place.
Les autorités ont exclu l’acte terroriste. Le groupe RusHydro évoque une possible rupture de canalisation ou une turbine défaillante. «Il n’y a aucun risque pour les villages en aval», a toutefois rassuré Sergueï Choïgou, ministre des Situations d’urgence.
Et le drame humain se double d’une catastrophe écologique: l’explosion a provoqué une fuite de plusieurs tonnes de pétrole, déversées sur quelque 80?kilomètres dans les eaux du Ienisseï, le plus grand fleuve de Sibérie. Dmitri Medvedev et Vladimir Poutine ont immédiatement réagi. Après avoir présenté leurs condoléances, ils ont créé une commission d’urgence pour superviser la réouverture de la centrale.
Trois fois plus puissante que la Grande-Dixence
C’est que les enjeux économiques sont énormes. La plus grande centrale hydroélectrique de Russie, environ trois fois plus puissante que le barrage suisse de la Grande-Dixence, assurait jusque-là un quart de l’électricité totale de RusHydro. Sa fermeture pourrait perturber la production de grandes usines métallurgiques. Principale victime industrielle: deux grosses unités de Rusal, le premier producteur d’aluminium mondial, aujourd’hui réduites à recourir à d’autres sources d’énergie pour fonctionner. «C’est une solution temporaire au problème», a insisté le directeur de la stratégie de Rusal. «Nous considérons que la production de pas moins de 500?000 tonnes d’aluminium, peut-être plus, pourrait être menacée», a-t-il prévenu.