Genève vacille entre stupeur et colère. Dans son projet de révision de la loi sur l’aviation, le Conseil fédéral recommande de donner un caractère contraignant aux normes de l’OACI (Organisation de l’aviation civile internationale). Sécurité oblige! Sur les aéroports genevois et zurichois (celui de Bâle est soumis au droit français), la distance minimale entre l’axe central d’une voie de roulage et celui de la piste d’atterrissage devrait ainsi atteindre au minimum 182,5?mètres. Au lieu des 180?mètres existant aujourd’hui sur le tarmac de Cointrin. «Cela entraînerait des travaux aux coûts exorbitants!» fulmine le Conseil d’Etat. Le tout aux dépens d’un atout vital de l’économie romande.
Indices d’absurdité
Berne assortit pourtant d’une relative flexibilité les dispositions de son projet de loi mis en consultation jusqu’au 31 octobre. «Il subsiste certes la possibilité d’admettre une marge de tolérance dans l’application des normes évolutives de l’OACI. Mais seulement s’il nous est prouvé que cela ne nuit en rien à la sécurité», précise la porte-parole de l’OFAC (Office fédéral de l’aviation civile), Mireille Fleury.
Ces nuances n’apaisent pas complètement les craintes du directeur technique et des opérations de l’Aéroport international de Genève (AIG), Roger Wüthrich: «Bien sûr que nous sommes en mesure de justifier en tout temps le bien-fondé de notre position. Mais qui décide à la fin? L’autorité supérieure, l’OFAC. Et, nous, nous n’aimons pas travailler dans l’incertitude.»
Roger Wüthrich décèle en plus quelque absurdité dans le nouvel article 108a préconisé par le Conseil fédéral: «Si le législateur l’approuve, nous devrons défendre nos choix auprès de l’OFAC et celui-ci serait ensuite chargé de les faire connaître à l’OACI. Or cette organisation prévoit justement elle-même des dérogations à ses propres normes. L’introduction de cet article 108a paraît dès lors totalement inutile.» Des centaines d’aéroports dans le monde bénéficient d’ailleurs d’une légère souplesse, comme à Cointrin. «Mais nous n’en connaissons aucun qui soit tout à coup obligé de se conformer strictement aux normes de l’OACI», indique le directeur technique.
Une histoire de vingt ans
L’amertume des Genevois trouve aussi ses fondements dans le passé. Avant de commencer la réfection de sa voie de roulage, il y a plus de vingt ans, Cointrin avait posé une question cruciale à l’OFAC. En substance: tenant compte de la dimension des futurs gros-porteurs, l’OACI risque-t-elle d’adapter sa norme sur la distance entre l’axe central d’une voie de roulage et celui d’une piste d’atterrissage? Roger Wüthrich se souvient de la réponse: «Probablement que non.» Et, à l’époque, la norme de l’OACI à ce sujet était fixée à… 180 mètres. L’OFAC avait donc accepté le passage d’une distance de 190 à 180 mètres à Genève.
La direction de l’AIG rappelle en plus qu’elle a toujours préservé un degré maximal de sécurité dans tous les domaines. Même si la largeur de sa piste d’atterrissage n’est que de 50?mètres, alors que l’OACI prévoit un minimum de 60 mètres. Exemple: l’Airbus A380, le plus gros appareil civil actuellement exploité (le plus souvent doté de 550 places assises), doit selon la norme opérer sur des pistes d’une largeur de 60 mètres. Il est toutefois certifié pour des pistes larges de 45 mètres. L’aéronef géant peut donc atterrir sans problème à Genève.