WEB

Twitter accélère les scoops

Par Luca Sabbatini le 26.02.2009 à 00:01

Alimentée par ses utilisateurs, la plate-forme de microblogging prend de vitesse les médias traditionnels.

Petite devinette. Qui a été le premier à annoncer l’amerrissage miraculeux d’un Airbus dans l’Hudson River en janvier dernier? Ou les prises d’otages de Bombay? Ou les incendies en Australie? Une agence, une télé, une radio, un journal? Reuters? NBC? France-Info? Le New York Times? Vous n’y êtes pas du tout. Le média le plus rapide du monde est un drôle d’oiseau appelé Twitter. Un site web nourri par ses utilisateurs à coups de petites phrases ne dépassant pas cent quarante caractères.

Un «média social»
Twitter? Un mot anglais qui signifie «gazouillis» ou «gazouiller». C’est aussi, depuis 2006, un «média social» capable de diffuser une information à la vitesse de l’éclair. Ses millions de membres s’adonnent au microblogging. En une phrase, ils décrivent pour un cercle d’amis leur activité ou leur humeur du moment. Un peu comme sur Facebook. Sauf qu’il n’y a rien d’autre à faire, sur Twitter.com, que de publier des feeds, directement sur le site ou par SMS.

Au début, les utilisateurs répondaient à la question «Que faites-vous?» D’où une avalanche de messages au ras des pâquerettes: «Je bois mon café», «Je suis en route pour l’aéroport», «Je rentre à la maison», etc. Bref, l’oiseau ne volait pas très haut et les observateurs ne donnaient pas cher de son avenir. Trop limité, trop répétitif, trop chaotique.

Mais, comme cela arrive souvent avec le web, les utilisateurs se sont approprié l’outil pour en faire autre chose que ce à quoi il était destiné. Alors que les sites de «journalisme citoyen», à l’image de iReport, financé par CNN, peinent à apporter une réelle plus-value par rapport aux médias traditionnels, Twitter s’est découvert une vocation de canal de diffusion «instantanée» de l’information.

Le 15 janvier, lorsqu’un Airbus a plongé dans les eaux glacées de l’Hudson River, à New York, c’est sur Twitter que la nouvelle a été annoncée en premier. Un adepte du site, nommé Janis Krums, se trouvait sur un ferry à proximité du lieu de l’accident. Avant que les secours n’arrivent, il avait déjà eu le temps d’envoyer, avec son iPhone, un message écrit sur Twitter et une photo sur TwitPic.com, la plate-forme de partage d’images de Twitter.

Dans les quatre heures suivant sa diffusion, le cliché sera vu par 40?000 internautes. Le serveur du site finira d’ailleurs par planter, incapable de gérer l’afflux inhabituel de visites… Reprise par plusieurs journaux et agences de presse, la photo a ensuite fait le tour du monde.

Survenu après d’autres faits du même ordre, le phénomène n’est pas passé inaperçu chez les professionnels de l’information. Reuters a ainsi constitué une équipe pour observer régulièrement le fil des feeds de Twitter, histoire de ne pas rater le prochain scoop.

«La bande-son» de nos vies
Et le site compte bien ne pas en rester là. Tous les jours, de nouvelles applications et extensions viennent élargir ses prestations. La dernière en date, Twiturm.com, permet de diffuser de la musique en MP3. Idéal pour créer un buzz autour d’un musicien. De très nombreuses institutions ou associations ont d’ailleurs ouvert des comptes sur Twitter pour diffuser leurs activités.

Pas mal pour un site dont personne ne comprenait vraiment l’utilité à son lancement. Comme le résume Biz Stone, l’un de ses fondateurs: «Twitter? C’est la bande-son du film de notre époque .»

www.twitter.com
 


 

Le boom du microblogging

Twitter n’est pas le seul site de microblogging. Appâtés par le succès remporté par cette nouvelle plate-forme d’informations et de discussions, d’autres créateurs ont lancé des clones concurrents avec plus ou moins de bonheur.

www.plurk.com Lancé en mai 2008, c’est sans doute le principal concurrent de Twitter. Gommant une bonne partie des défauts
ou des difficultés d’utilisation de Twitter, Plurk doit convaincre le plus grand nombre, car il ne suffit pas de proposer un meilleur produit pour s’imposer sur ce marché.

www.jaiku.com Créé en février 2006 par deux Finlandais, le site a été racheté par Google en 2007. Le nom du site est un mot-valise établi à partir des mots japanese et haïku (poèmes nippons très courts).

www.pownce.com Ouvert en janvier 2008, le site a fermé ses portes en décembre dernier. Annoncé comme étant un Twitter sous stéroïdes, pownce n’a jamais véritablement convaincu les internautes, mais il pourrait renaître sous un autre nom: Motion.

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