MÉFIANCE

Facebook n’est pas votre ami

Par Yseult Théraulaz / Céline Rochat le 28.11.2009 à 00:01

Il permet d’exhiber sa vie ou de retrouver son amour de jeunesse. Mais Facebook est aussi une bombe à retardement pour ceux qui l’utilisent sans discernement.

Si Facebook vous a permis de retrouver votre amour de jeunesse ou votre pote de bac à sable, ce réseau peut aussi se retourner contre vous. C’est ce qui est arrivé à une jeune Québécoise, absente de son travail pour cause de dépression. Ses prestations d’invalidité ont été supprimées car elle avait publié sur son profil Facebook des photos d’elle en train de faire la nouba. Clichés trop joyeux pour une dépressive censée broyer du noir à domicile plutôt que d’assister à un spectacle de chippendales, a conclu son assurance. Des cas semblables pourraient se produire ici.

«Depuis 2008, avec l’introduction de la cinquième révision de la loi sur l’assurance invalidité, nous effectuons une recherche sur internet lorsque nous suspectons l’un de nos bénéficiaires, explique Dominique Dorthe, chef du service de communication et relations publiques de l’Office de l’AI pour le canton de Vaud. Nos agents vont à la pêche aux informations visibles sur Facebook, notamment. Les gens mettent en ligne ce qu’ils veulent, mais nous n’engageons pas de hackers pour craquer les profils protégés!»

Indices à charge
Libre en effet à tout un chacun de poster ou pas des images ou statuts pouvant être mal interprétés. Mais personne n’est à l’abri de se retrouver sur Facebook à son insu. Il suffit qu’un «ami» place une photo de groupe et inscrive les noms des personnes immortalisées ce jour-là. «Facebook est une source d’information comme une autre, continue Dominique Dorthe. Il nous fournit des indices, mais en aucun cas des preuves. Pour cela, nous avons besoin d’éléments objectifs et faisons appel à des détectives privés dans les cas extrêmes.»

Un avis partagé par la Suva. «Il nous est arrivé d’aller consulter les profils Facebook de certains assurés, explique Henri Mathis, porte-parole pour la Suisse romande. Cela nous permet de récolter des indices, mais nous n’utilisons pas ce que nous trouvons sur Facebook comme preuves devant les tribunaux.» Pourtant, ce qui figure sur la Toile peut avoir valeur légale. Eric Cottier, procureur général, explique: «Les éléments provenant de Facebook ne sont pas d’emblée considérés comme preuves irrecevables par un tribunal. Ce qui provient de ce réseau, et qui aura été mis par le titulaire de la page, aura un poids plus grand que ce qui aura été introduit par un tiers sur une autre personne.»

Pour autant, «on ne peut pas imputer un comportement illégal à quelqu’un d’autre», prévient Sébastien Fanti, avocat sédunois spécialisé dans les nouvelles technologies. Autrement dit, chacun est responsable de son image et de ses actes. L’avocat, qui exerce un contrôle très strict sur son image, avoue ne jamais boire un verre de trop dans des lieux publics. «Quand je fais la fête, c’est uniquement chez des amis.»

Photos hors contexte
Le réseau social ne nuit pas uniquement aux fraudeurs, il peut entacher la réputation des gens honnêtes. «Depuis une année, nous faisons un «Google check» systématique de nos candidats, explique Vincenzo Ganci, responsable pour la Suisse romande de Conciliat et Contaplus, deux sociétés de placement. Nous recherchons des informations sur les diplômes, les activités caritatives, l’appartenance à certaines sociétés. Nous regardons aussi les photos mises en ligne. Si nous découvrons des clichés qui pourraient nuire à un candidat, nous lui suggérons de les changer.»

Une photo d’une future collaboratrice en bikini sur une plage avec un mojito en main risque de gêner une multinationale soignant son image et celle de ses employés. «Ce sont principalement les moins de 30?ans qui mettent ce type d’images sur Facebook et ils acceptent sans problème de les enlever», poursuit Vincenzo Ganci.

Chez Startpeople, une autre agence de recrutement, on ne vérifie pas les textes et les images associés à un nom de candidat: «Une photo sortie d’un contexte ne veut rien dire, avance Xavier Chitra. Notre métier est avant tout basé sur les contacts humains. Ce serait un manque de professionnalisme de baser son recrutement uniquement sur les traces trouvées sur la Toile. Tant que la personne est irréprochable au travail, sa vie privée ne regarde pas son employeur.»

Recruteurs et entreprises ne furètent donc pas tous sur Facebook. Mais le succès de ce réseau pourrait appâter de plus en plus de sociétés. «L’accès à Facebook et à d’autres sites de réseautage est désormais permis aux employés de l’entreprise, explique Robin Chytil, l’un des responsables informatique de Firmenich. C’est un nouvel outil de travail et cela permet aussi à Firmenich de mieux maîtriser son image sur internet. Les RH pourraient se servir de ce site pour faire de la prospection et cela permettra de créer des communautés entre les compagnies ayant les mêmes intérêts.»

Chez Adecco Suisse, une réflexion est en cours. «L’accès à Facebook est encore officiellement bloqué pour nos collaborateurs, explique Jose San Jose, porte-parole d’Adecco Suisse. Mais nous sommes en train d’évaluer si cela vaut la peine de le débloquer.»

Heureusement, Facebook trahit sans discrimination les gentils, les méchants, les fraudeurs et les faux malades!

Récemment, en plein cambriolage, un jeune Américain de 19?ans a consulté son compte sur l’ordinateur de ses victimes. Peu inspiré, il ne s’est pas déconnecté avant de quitter la maison. Découvrir son identité n’a pas été trop compliqué pour la police, qui n’a eu qu’à le cueillir chez lui…


Quelques conseils lorsque vous surfez…

«Il faut toujours garder à l’esprit qu’on perd la maîtrise de tout ce que l’on publie sur la Toile», prévient Christian Raetz, préposé à la protection des données et à l’information du canton de Vaud. «Le web ne connaît pas de limite temporelle et donc de droit à l’oubli.»

PSEUDO Hors Facebook, utilisez des pseudos pour éviter qu’une phrase malheureuse colle à votre nom tout au long de votre vie. Restez respectueux: en cas de plainte, vous êtes identifiables même en utilisant une fausse identité.

IMAGES Ne publiez pas n’importe quoi. Les cuites d’aujourd’hui peuvent être difficiles à assumer demain! Si on vous prend en photo dans des lieux publics, demandez à ce que les images soient effacées. N’affichez des photos de tiers qu’avec leur consentement.

DROIT Si une image postée par une personne domiciliée en Suisse porte atteinte à votre personnalité, une action juridique est possible. Lisez toujours attentivement les conditions d’utilisation d’un site avant de vous y inscrire.

PROFIL Limitez l’accès à votre profil à vos amis et ne donnez que les informations utiles et nécessaires.

RÉPUTATION Des entreprises telles que Reputationdefender, ClaimID ou Trust Plus proposent leurs services pour vous refaire une virginité électronique. Mais aucune base légale ne leur assure d’avoir plus de succès que vous!

Sondage

Les réseaux de soins, une bonne formule?




Sondage

Dix ans après, comment jugez-vous Expo.02?




Le monde en images

SEARCH.ch

Commerce

Sondage

Faut-il abolir la «lex Koller», qui limite la vente des résidences secondaires aux étrangers?




Service clients

Contact
  • Abonnement et renseignements
    Nous contacter lu-ve 7h30-12h / 13h30-17h
    Tél. 0842 824 124, Fax 021 349 31 69
    Depuis l'étranger: +41 21 349 31 91
    Adresse postale:
    Service clients CP 585 - 1001 Lausanne