Réseaux sociaux

Facebook et Twitter bannis du vocabulaire médiatique

Par Lucie Monnat le 31.05.2011 à 07:59

En France, annoncer un renvoi à la page Facebook ou Twitter d'une émission est désormais considéré comme de la publicité clandestine, a annoncé le CSA. La mesure relance le débat sur l'utilisation des réseaux sociaux par les médias.

Un animateur télé ou radio français qui vous renvoie à la page Facebook ou au Twitter de son émission? Du passé. Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) a en effet estimé que la pratique révèle de la publicité clandestine et l'a désormais interdit. Les pages des émissions pourront toujours être citées, mais sans la mention du réseau social qui l'héberge. Exemple? "D&CO, c'est aussi sur les réseaux sociaux!" et plus "Retrouvez D&CO sur Facebook!"

Une pudibonderie étonnante à l'heure de l'affaire DSK, révélée par un post Twitter, au temps du premier e-G8, ou encore de l'avènement d'un Printemps Arabe si friand de Facebook comme outil de mobilisation.

Du coup, sur les blogs et les articles annonçant la nouvelle, on s'offusque ou on raille. De l'avis général, la décision du CSA est ringarde, voire archaïque, renvoyant à l'image d'une institution qui refuse de vivre avec son temps.

Une réaction "épidermique"
Pour Yan Olivier Luong, responsable des réseaux sociaux à la RTS, le problème ne se situe pas uniquement au niveau de la publicité. "Le CSA a eu une réaction épidermique, commente le spécialiste. J'y vois un écho à l'affaire DSK, dans laquelle l'utilisation des réseaux sociaux par les médias français est impressionnante."

Selon Yan Olivier Luong, les journaux français usent de Facebook ou Twitter comme de sources d'informations, et non pas comme des outils permettant de les relayer: "Lorsque le verdict de la comparution de DSK est annoncé simultanément par les JT des grandes chaînes télévisées et par la juge, cela prouve bien qu'il y a un usage direct d'un site comme Twitter".

Or, si l'information relayée par Twitter peut être révélatrice, elle se doit d'être vérifiée, au même titre que n'importe quelle source.

Quid de la Suisse?
Connaît-on ce genre de problème en Suisse? Yan Olivier Luong est confiant. "Il semble qu'il n'existe chez nous pas cette confusion qui règne en France dans la manière de gérer ces plateformes d'informations".

La gestion des réseaux sociaux par les journalistes n'est cependant pas totalement libre. Depuis deux ans, la RTS interdit à ses employés de vendre la page de leur émission à l'antenne. Pas question de publicité clandestine dans cette mesure, mais plutôt une réaction à l'agaçante manie de certains animateurs de vendre uniquement leur page Facebook, au détriment des sites officiels de la RTS.

"Nous faisons des renvois aux pages Facebook de nos émissions via nos sites, et non l'inverse, résume Yan Olivier Luong. Mais il est aussi question d'égalité de traitement: nous ne voulons pas que les personnes qui souhaitent réagir à nos programmes soient forcées d'adhérer à Facebook. Tout le monde ne possède pas un compte!"

Reste qu'un projet de régulation est en cours, tant au niveau national que de la RTS. Avec comme directive une régulation qui passe par la formation des journalistes. Un rappel simple des règles de déontologie en fait, rendu nécessaire face à la tentation de l'information immédiate que livrent les réseaux sociaux.

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