Pays-d'Enhaut

L'Etivaz: un trésor de savoir vivre jalousement préservé

Par Anetka Mühlemann le 12.10.2011 à 13:35

Intimement lié à l’agriculture de montagne, L’Etivaz tente de conjuguer ses traditions au futur. Sous son aspect immuable, ce hameau de la commune de Château-d’Oex ne cesse de devoir s’adapter aux décisions politiques. Active relève, la jeunesse poursuit ce combat.

Pas de désalpe cette année à L'Etivaz. Le village de 200 âmes - dont l’auberge et la scierie sont chacune tenues par une même famille depuis quatre générations - abandonnerait-il ses us ancestraux?

Impensable pour les quelque septante familles paysannes du Pays-d’Enhaut qui, chaque été, grossissent les rangs des habitants en sillonnant les alpages avec leur bétail. Même sans fête en grande pompe organisée pour tous ces agriculteurs des Alpes vaudoises, ils ont repris le chemin de la vallée. Avec leurs vaches et leurs coutumes. Mais à des dates différenciées.

Un petit changement transparaît toutefois dans cette joyeuse descente. Conséquence directe de la politique migratoire de la Suisse, les employés estivaux polonais sont progressivement remplacés par des Roumains.

La guerre du lait

La désalpe n’est donc pas condamnée. L’absence d’une édition 2011 s’explique par les travaux entrepris pour agrandir les caves de la Coopérative de L’Etivaz. Forte de septante membres, cette dernière a reçu de nouvelles demandes d’adhésion. Car dans l’actuelle tourmente laitière qui voit le prix de cet or blanc chuter, «L’Etivaz» - première spécialité à avoir été labellisée AOC en Suisse - fait un peu office de valeur refuge.

«On s’adapte aux exigences politiques, car ce sont eux qui décident de tout dans ce dossier, explique Sébastien Henchoz, agriculteur passionné. Et dix paysans de plus au Conseil national ne changerait rien. Il y a trop d’échelons».

Mais le label n’est pas la solution miracle. Avec plus de 40% produits pour l’exportation, le fromage a fait les frais du franc fort. «Sur août et septembre, les sorties ont affiché 50% de moins», lance Christophe Magne, directeur de la Coopérative de L'Etivaz.

Vitrine des alpes vaudoises

La baisse de l’Euro est aussi venue jouer les trouble-fête dans l’hôtellerie. Ainsi, Le Chamois, seul hôtel-restaurant de la localité, a enregistré un recul des nuitées. Mais l’épisode n’a pas laissé de rancœur. «On se sent proche de nos élus, confie Jean-François «Jeff» Mollien, à la tête de l’établissement familial qui fait aussi office de stamm du village. On se trouve davantage sur un passage que dans une vallée retirée.»

Sis sur la fameuse route du col des Mosses, le hameau bénéficie d’une situation privilégiée qui favorise les projets touristiques. Plusieurs fromagers de montagne accueillent déjà des visiteurs pour leur présenter leur savoir-faire. Et la constitution du Parc naturel régional Gruyère Pays-d’Enhaut offre de nouvelles perspectives. A l’instar de balades organisées par des accompagnateur de moyenne montagne.

«On cherche à proposer une vie de station. Mais où l’on a un juste équilibre entre la population et le nombre de visiteurs», annonce Charles-André Ramseier, syndic de la commune de Château-d’Oex, qui englobe L’Etivaz. «Ce contact permet une valeur ajoutée à un séjour que beaucoup recherchent, et encore plus dans le futur, ajoute l'ancien directeur de l'Office du tourisme vaudois.» Gare donc à ne pas transformer l’endroit en décor kitch façon Heidiland.

Electrochoc... divin

La prise de conscience ne date pas d’hier, comme s’en souvient Jacques-Aimé Henchoz, ancien patron de la scierie du village, reprise par son fils. «En 1974, le pasteur qui était là nous a dit "Mes amis si vous ne prenez pas en main votre destinée, dans 30 ans, il n’y a plus que deux personnes à L’Etivaz". Ca a été l’onde de choc. On s’est rendu compte qu’il fallait trouver de la culture dans ce pays.»

Petit à petit, il s’est créé une association de paysannes et des tâches annexes. Et puis L’Etivaz s’est développé. Surtout le milieu agricole. «On a alors essayé de mettre sur pied la construction d’une salle villageoise. Et comme nous sommes peu nombreux, on s’unit et on arrive à faire quelque-chose». Aujourd’hui, une quinzaine de sociétés rythment la vie locale tout en renforçant la cohésion.

Mais cette vitalité ne permet pas pour autant à L’Etivaz de vivre en autarcie. A titre d’exemple, l’école du village risque de faire les frais de la rationalisation. «Une classe d’école enfantine risque d’être fermée, informe Sylvain Clot, président de «L’Avenir», une USL bien particulière puisqu’elle défend aussi le village auprès de la commune-mère. Pour l’instant, notre seule sortie de secours c’est les containers où, à Château-d’Oex, ils entassent des enfants, parce qu’ils n’ont pas assez de place eux-mêmes. Mais ils nous rappellent chaque année qu’ils veulent fermer la classe. Descendre cinq enfants ou en monter quinze: le calcul est vite fait».

Et d’avancer un second exemple: «Il y a deux-trois ans, ils nous ont enlevé deux lampadaires au village pour de soi-disantes mesures d'économies». A présent, grâce à l’élection de Stéphane Henchoz à la Municipalité de Château-d’Oex, le hameau espère mieux représenter ses intérêts auprès de la commune. Mais pour se faire entendre jusqu’à Berne, les échelons sont encore nombreux…

Les dessous d’un paysage de carte postale

Côté aménagement territorial, les permis de construction sont délivrés au compte-goutte. «Les règlements de construction de cette commune sont très stricts, car on veut absolument en garder le cachet», précise Charles-André Ramseier.

«Le but, c’est de maintenir ce qu’on a et de le développer un petit peu, complète Jean-François Mollien. On a trois-quatre chalets qui se construisent à L’Etivaz. Et ces nouvelles constructions accueillent des gens qui sont là à l’année. Donc cela maintient une vie super intéressante au village».

La situation se complique dans les pâturages plus haut perchés. Propriétaire de plusieurs parcelles du coin, Pro Natura indique rechercher une paisible cohabitation entre élevage traditionnel et protection de l’environnement. Avec un parti pris: éviter la constructions de routes menant aux alpages. Pour ce faire, l’association préconise le transport des marchandises par téléphérique.

Téléphérique obsolète

Mais cette pratique, les agriculteurs de L’Etivaz ne la trouvent pas forcément à leur goût. «Nos téléphériques ont 40 ans et on a l’obligation de les refaire, soupire Claude-Alain Mottier, qui attend une piste d’accès depuis quatorze ans. Moi, ça me semble drôle qu’on ne puisse pas être davantage défendu. Parce-qu’on se rend bien compte que ces téléphériques sont une catastrophe technique et financière.»

«Cela fait souci, confirme Henri-Daniel Raynaud, président de la Coopérative de «L’Etivaz». Avec l’arrivée de Pro Natura et la captation de sources pour les eaux de Lausanne, à plus ou moyen long terme, la vallée de la Torneresse (dans le prolongement du hameau, ndlr) pourrait être abandonnée. Car il y a trop de contraintes». Une situation d’autant plus préoccupante que les paysans-fromagers de la vallée de la Torneresse sont à la base de la Coopérative de «L’Etivaz», fondée en 1932. C’est donc bel et bien le berceau de L’Etivaz qui pourrait disparaître.

Un avis partagé par Jacques-Aimé Henchoz. «On a une bureaucratie un peu trop lourde. On a trop d’obligations et d’interdictions On décourage la jeunesse de construire, on décourage les jeunes de se mettre à leur compte». Alors que ce sont justement l’adaptation et l’innovations qui ont permis de maintenir L’Etivaz en vie. «Ici, conclut l’aîné, il faut constamment un peu se renouveler, améliorer et – comme on dit pour le fromage - affiner».

Vos problèmes ont l'air plus ardus que votre fameuse heure d'été. Celà vous a fait connaître partout en Europe, car je n'ai jamais entendu dire que le fromager aurait pu mettre son réveil une heure plus tard...Il aurait pet-être été en retard à l'apéro?

Sondage

Les réseaux de soins, une bonne formule?




Sondage

Dix ans après, comment jugez-vous Expo.02?




Le monde en images

SEARCH.ch

Commerce

Sondage

Faut-il abolir la «lex Koller», qui limite la vente des résidences secondaires aux étrangers?




Service clients

Contact
  • Abonnement et renseignements
    Nous contacter lu-ve 7h30-12h / 13h30-17h
    Tél. 0842 824 124, Fax 021 349 31 69
    Depuis l'étranger: +41 21 349 31 91
    Adresse postale:
    Service clients CP 585 - 1001 Lausanne