Mercredi 15 avril 2009, Zurich. Il est 10?heures. L’assemblée générale des actionnaires d’UBS commence. Une tension évidente marque les visages des 5000 propriétaires de la première banque suisse, présents ce jour-là au Hallenstadion. Après moins d’une heure, Oswald Grübel leur prouve qu’ils ne se trompent pas: l’heure est grave. Deux chiffres suffisent à résumer la situation: au premier trimestre, la grande banque affiche une perte sèche de 2 milliards de francs. En outre, les clients ont retiré pour 23 milliards de francs de fortune nette.
Licenciements en masse
Entré en fonction le 16 février dernier, le nouveau président du directoire d’UBS annonce d’emblée la couleur: «En supprimant 2500 postes en Suisse d’ici à 2010, nous devrons procéder à 1200 ou 1500 licenciements.» Oswald Grübel ne mérite donc plus son surnom de « Monsieur 10%» . Ses coupures dans les effectifs risquent en effet de dépasser largement cette proportion. Le directeur général précise ainsi qu’il compte exploiter à fond les fluctuations naturelles dans le personnel. Selon le porte-parole d’UBS, celles-ci atteignent 10% chaque année en Suisse. Depuis le début de la crise, la banque a déjà coupé plus de 19?000 emplois.
Gestion privée visée
Un autre indice atteste qu’Oswald Grübel ne peut plus se contenter des fameux 10%, déjà presque atteints avant cette annonce (voir infographie). Sans la nommer, il désigne clairement la division de gestion de fortune, employant quelque 900?personnes à Genève et 50?000 dans le monde, comme une cible privilégiée des suppressions de postes: «La crise financière a lourdement frappé la fortune des clients privés et institutionnels. Les clients privés se montrent sceptiques face aux produits financiers complexes. Ils se dirigent désormais vers des formes d’investissements plus simples, plus directes. Et les institutionnels ne se portent plus acquéreurs de dettes titrisées. Ce marché a pratiquement disparu», explique-t-il.
Résultat des courses: selon la ministre de l’Economie Doris Leuthard, qui a été informée des réductions de postes, «les cantons de Zurich, de Vaud (ndlr: du fait du regroupement avec Genève) et du Tessin seront les plus frappés», sans préciser toutefois l’ampleur que prendront localement ces restructurations.
Genève très touchée
Mais, bien entendu, la Cité de Calvin sera la plus concernée en Suisse romande, comme l’atteste le directeur de la Fondation Genève Place Financière, Steve Bernard: «Compte tenu de la taille d’UBS à Genève, rapportée à l’ensemble du groupe en Suisse, on peut estimer qu’une centaine de personnes pourraient être licenciées, sans compter les mises à la retraite anticipée.» En effet, UBS est principalement active dans la gestion de patrimoines au bout du Léman. «Il est donc probable que des coupes s’opèrent dans ce secteur.» Si l’on applique à Genève la règle des 10%, on pourrait ainsi atteindre le nombre de 200 suppressions de postes.
4 milliards d’économie
Le nouveau patron d’UBS précise, enfin, que des règles de plus en plus strictes en matière de fonds propres vont, elles aussi, peser sur la profitabilité de tout l’établissement. L’an dernier, selon certains spécialistes, le bénéfice brut par collaborateur a atteint 109?000?francs chez UBS, contre 172?000 au Credit Suisse.
Oswald Grübel devrait indiquer toutes les mesures concernant les ressources humaines la semaine prochaine. Mais les efforts sur les coûts ne seront pas exclusivement liés au personnel. Le directeur général limitera aussi drastiquement ses dépenses de marketing et de sponsoring et divisera par deux ses régions administratives en Suisse. Celles-ci passeront ainsi de huit à quatre. Mission claire du nouveau capitaine de la grande banque suisse: économiser 3,5 milliards à 4 milliards de francs d’ici à la fin de 2010.
Profils incompatibles
Inquiets depuis des semaines déjà, nombre de salariés d’UBS, notamment dans l’arc lémanique et à Genève, ont déjà déposé leur candidature auprès d’établissements bancaires moins internationaux. Tant la Banque Cantonale de Genève que la Banque Cantonale Vaudoise ou le groupe Raiffeisen nous confirment cette tendance. «Nous représentons traditionnellement une valeur refuge en temps de crise», précise ainsi Nicolas de Saussure, porte-parole de la BCGE.
La BCV, aussi, constate une hausse des offres spontanées provenant des grandes banques, dont un «nombre légèrement supérieur d’UBS», certifie Jacques Chamot. Problème: si certaines de ces offres spontanées conviennent, beaucoup d’autres présentent un profil ne correspondant pas forcément aux attentes des banques qui recrutent. Raiffeisen Vaud confiait ainsi récemment que les candidats à l’emploi sont avant tout issus de la banque d’affaires, alors que les banques cantonales ou régionales recherchent surtout des conseillers en crédits ou des agents de succursales.
Le marché a sanctionné UBS. Le titre a perdu 6,86% à 12?fr.?36, hier, à la Bourse suisse.