ESCROQUERIE FINANCIÊRE

Affaire Madoff: l'étendue des fraudes reste difficile à cerner

Par ats / afp le 16.12.2008 à 16:15

La liste des victimes de la gigantesque fraude du gérant de fonds new-yorkais Bernard Madoff continuait de s'allonger mardi, notamment en Europe. Les autorités de régulation américaines sont quant à elles mises en cause par des responsables financiers.

La société d'investissement de l'ancien président du Nasdaq a été liquidée lundi soir. Son escroquerie «pyramidale» totaliserait 50 milliards de dollars, selon un principe simple: payer les intérêts des clients existants grâce au capital apporté par les nouveaux.

L'étendue des fraudes soupçonnées et l'état des comptes de la société rendent ce dossier particulièrement difficile, a souligné La SIPC (Securities investor protection corporation), un organisme chargé de protéger les intérêts des investisseurs clients de sociétés de courtage.

Après les aveux la semaine dernière de l'homme d'affaires de 70 ans, pas un jour ne passe sans que de nouveaux établissements financiers ne dévoilent les pertes potentielles auxquelles ils sont exposés. Pertes possibles

Mardi, la banque japonaise Aozora a fait état d'une possible perte 101 millions d'euros (157 millions de francs). Lundi soir, la néerlandaise Fortis admettait un risque potentiel d'un milliard d'euros, s'ajoutant à une longue liste.

Beaucoup d'Européens y figurent: l'espagnole Santander, jusqu'à présent la plus affectée avec 2,33 milliards d'euros de pertes possibles, mais aussi BBVA (Espagne) et les français Natixis et BNP- Paribas.

HSBC, troisième banque mondiale, a une exposition d'un milliard de dollars, Royal Bank of Scotland (RBS) de 600 millions de dollars (690 millions de francs) et le fonds d'investissement Man Group de 360 millions de dollars.

UBS épargné

Côté suisse, les deux premiers établissements du pays, UBS et Credit Suisse, semblent a priori plutôt épargnés. Le fonds Madoff ne représente pas de «risque significatif» pour le premier, tandis que le second affirme ne pas avoir investi dans ces produits. Les deux banques doivent toutefois clarifier si des clients sont touchés de façon directe ou indirecte.

Les assureurs Swiss Life et la Bâloise sont eux concernés par des pertes supérieures à 10 millions de francs, tandis que Swiss Re a affirmé détenir des engagements «insignifiants».

A Genève, l'Union Bancaire Privée (UBP) est autrement plus touchée. L'exposition de sa clientèle pourrait dépasser le milliard de francs. Le total représente moins de 1% de l'ensemble de ses avoirs sous gestion lesquels se chiffraient à 126 milliards de francs à fin juin, a informé l'établissement. Plusieurs autres petites banques privées sont touchées, mais à des niveaux moindres.

Préjudice pour Genève

Les instituts financiers genevois pourraient être exposés pour un montant représentant de 3 à 6 pour 1000 de l'ensemble des actifs sous gestion, selon Genève Place Financière. Les fonds gérés à Genève atteignent 1800 milliards de francs. Le préjudice pour la place genevoise se monterait selon cette estimation entre 5 et 10 milliards.

Aucun grand établissement bancaire américain n'a fait état de pertes à ce jour. En revanche, plusieurs célébrités ont été citées au nombre des victimes. Des fondations comme celles du prix Nobel Elie Wiesel ou du cinéaste Steven Spielberg figurent parmi les perdants de cette escroquerie, mais les montants n'ont pas été divulgués.

La SEC, gendarme américain des marchés, est désormais montrée du doigt. Le patron du Fonds monétaire international (FMI) Dominique Strauss-Kahn a mis en cause les autorités de régulation américaines: «la surprise n'est pas qu'il y ait des voleurs» mais «la question est: que fait la police?», a-t-il estimé lundi.

Le président de l'Autorité française des marchés financiers (AMF), Jean-Pierre Jouyet, a estimé que la réglementation américaine était fautive. Il faut que «la confiance demeure, et pour qu'il y ait confiance, il faut que la réglementation soit bonne». «Je crois que c'est le cas en Europe et que les Etats-Unis ont des progrès importants à faire dans ce domaine», a-t-il conclu.

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