A l’époque de son élection – mouvementée – à la tête du conseil d’administration d’UBS, début 2008, Peter Kurer ne faisait pas l’unanimité. Certains lui reprochaient d’être bien trop proche du partant, Marcel Ospel, pour pouvoir imprimer un réel renouveau.
Les méfiants doivent se sentir confortés à l’heure où les indices convergent pour suggérer que Peter Kurer et le PDG d’UBS, Marcel Rohner, ne devaient pas ignorer les pratiques illégales des conseillers UBS au profit de milliers de clients américains (une hypothèse que la banque a vigoureusement réfutée hier).
Ce soupçon est-il suffisant pour appeler à la démission de ces deux hommes? C’est en tout cas ce qu’ont jugé plusieurs élus suisses (dont Daniel Brélaz, Jacques Neirynck ou encore Josef Zisyadis), de tous bords politiques, cités par le journal Sonntag.
Leurs convictions se sont peut-être renforcées à la lecture du rapport Reeves, nourri de milliers de documents compromettants et des aveux de l’ancien gestionnaire UBS, Bradley Birkenfeld, traduit devant la justice de Floride en 2008.
On y apprend notamment qu’UBS, après avoir signé un nouvel accord de Qualified Intermediary avec les autorités américaines en 2001, a pris plusieurs dispositions pour assurer l’anonymat de ses clients d’outre-Atlantique. La banque et ses dirigeants n’ignoraient donc pas qu’ils agissaient en violation du droit américain.
D’ailleurs, un comité d’évaluation des risques, intégré dans les plus hautes structures d’UBS, évoquait régulièrement les dangers que lui faisaient courir ses pratiques.
Digne de James Bond
Aussi, les conseillers en charge de clients américains devaient-ils redoubler de discrétion. Les courriels étaient codés. Orange signifiait euro, vert, dollar, et bleu, livre britannique. Le terme de noix se référait à une somme de 250?000 et celui de cygne, à 1 million. D’autre part, UBS entraînait ses conseillers à brouiller les cartes: ils devaient changer d’hôtel le plus souvent possible, ne jamais rien imprimer sur territoire américain ou encore exiger des clients qu’ils détruisent tout document relatif à leurs activités offshore.
Les titulaires de comptes se voyaient en outre conseiller de placer de l’argent liquide dans les coffres helvétiques, d’acheter des bijoux ou d’autres biens luxueux lors de leurs séjours en Suisse ou encore de faire passer leurs retraits en espèces pour des prêts consentis par la banque.
Toujours selon ces documents, en 2004, UBS aurait envoyé 32 conseillers aux Etats-Unis, qui restaient en moyenne un mois et rencontraient environ quatre clients par jour. Soit un total de 3800 contacts clientèles sur un an.
Une telle organisation à grande échelle suggère aux autorités américaines que personne, dans les hautes sphères hiérarchiques d’UBS, ne pouvait l’ignorer. Raoul Weil, numéro trois d’UBS, a été formellement mis en accusation à l’automne dernier. Quels autres noms pourraient bientôt sortir du chapeau?
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