Les titres d’UBS et du Credit Suisse ont vécu une véritable curée hier, avec un plongeon de plus de 5% chacun. Pourquoi? En arrière-plan, les investisseurs du monde entier s’inquiètent d’un éventuel défaut de paiement de Dubaï la riche, Dubaï la flamboyante, comme l’Argentine, la Thaïlande ou la Russie!
Hier, toutes les actions bancaires ont été sévèrement sanctionnées par les marchés, entraînant derrière elles un miniséisme boursier, où la Bourse suisse a perdu 2,17%, tandis que Paris, Francfort ou Londres chutaient de quelque 3%.
La cause de cette secousse? L’incapacité, annoncée mercredi, du grand conglomérat d’Etat Dubai World à honorer le paiement d’une partie de sa dette au 14 décembre prochain. Le montant qu’aurait dû verser la filière immobilière de Dubai World, à savoir Nakheel, se monte à 3,5 milliards de dollars. Le sursis demandé aux créanciers est fixé au 30 mai 2010.
On craint l’effet domino
Il n’en fallait pas plus pour que les marchés financiers soient pris de panique. Et pour cause. L’émirat affiche une dette publique de quelque 80 milliards de dollars. Sa société d’Etat Dubai World – qui contrôle d’énormes projets immobiliers partout dans le monde – a accumulé à elle seule 59 milliards de dollars de dettes.
«Or, affirme Eckart Woertz, économiste au Dubai’s Gulf Research Center, tout le monde craint que, en cas d’incapacité de paiement de la part de Dubai World, l’Etat de Dubaï lui-même ne vienne pas à la rescousse. Cela créerait un effet domino terrible dans la région.»
Une nouvelle Argentine?
Le Golfe pourrait-il s’effondrer comme le firent, en 1998, la Russie, et en 2001, l’Argentine, ou plus récemment l’Islande, mise en faillite par le FMI? La peur est là. Les Emirats arabes unis – dont Abu Dhabi – sont en effet parmi les premiers créanciers de Dubaï. Si ce dernier tombe, c’est toute une région – fortement endettée malgré l’or noir – qui se lézarde.
Car au contraire, par exemple de l’Arabie saoudite, Dubaï la riche n’est qu’une petite productrice de pétrole. Ayant profité, durant les années 2000, d’un baril qui, en 2008, flirtait avec les 150?dollars, l’émirat s’est lancé dans des projets immobiliers et touristiques pharaoniques.
Edification de la plus haute tour du monde (891?mètres), construction de 250 îles artificielles, réalisation de la plus grande station de ski artificielle: des milliers de milliards de dollars ont été empruntés puis investis pour faire de Dubaï l’une des trois plus importantes destinations touristiques du monde. La diversification, voulue par le cheikh Mohammed Bin Rashid Al Maktou, se comprend par l’effondrement des recettes publiques du pétrole, qui sont passées de 45% du PIB à 10% en 2008.
Evidemment, le monde entier s’est rué sur ces obligations d’Etat. Le mois dernier, encore, l’émirat a levé près de 5 milliards de dollars auprès notamment de deux banques d’Abu Dhabi. Mais pas uniquement. Ainsi, les banques européennes auraient des engagements à hauteur de 20 milliards de francs face à Dubaï. Selon le Credit Suisse, les banques les plus concernées en Europe seraient HSBC, la Deutsche Bank ou UBS.
La crise financière a aussi frappé le Golfe
En ce début d’année 2009, la neige est tombée, quelques heures, sur les Emirats arabes unis. La crise financière venait de prendre ses quartiers sur Dubaï.
Finance. Le secteur financier, deuxième mamelle économique après le tourisme, a perdu plus de 70% de sa valeur depuis le début de l’année.
Immobilier. Des projets d’envergure, dont la construction du Trump International Hotel, ont été retardés. Promoteurs et groupes immobiliers ont commencé à licencier de 5 à 15% de leurs effectifs.
Tourisme et hôtellerie. Les réservations d’hôtels sont en chute libre. Une situation particulièrement préoccupante pour Dubaï, qui dépend étroitement de ces recettes: de 1999 à 2008, le nombre des touristes est passé de 3 à 9 millions de personnes.
Pétrole. Jusqu’ici, la spéculation immobilière dopait l’économie locale. Misant sur l’augmentation des prix à la construction, les investisseurs empruntaient pour acheter des immeubles encore à l’état de projet, pour réaliser leur plus-value. Depuis l’érosion du marché de la construction et la chute du pétrole, les investisseurs sont aux abonnés absents.