Voici un sondage qui tombe à pic! Alors que la question européenne reprenait quelque peu du service ce week-end – notamment avec la proposition de Christoph Blocher de lancer une initiative pour verrouiller l’adhésion de la Suisse à l’Union européenne –, l’affaire semble entendue du côté de l’économie. Du moins si l’on en croit le cabinet Deloitte, qui s’en est enquis en juin dernier auprès de 47 directeurs financiers de grandes firmes.
Six managers sur dix ont répondu ne voir aucun avantage à ce que le pays devienne membre de l’Union européenne, tandis qu’une écrasante majorité (89%) ne croit pas qu’une adhésion ne se concrétise en une réalité politique d’ici à cinq ans. Nul doute que la crise de l’endettement des pays européens aura échaudé les convictions, comme en témoigne aussi l’avis des dirigeants interrogés face au risque de contagion de l’économie helvétique: 73% d’entre eux en sont préoccupés et 22% se disent même très inquiets.
De quoi, peut-être, expliquer le regain de pessimisme manifesté par ces chief financial officers (CFO) – pour autant qu’un échantillon de 47?personnes soit représentatif –, qui, pour la première fois depuis un an, affichent une certaine réserve quant à l’évolution de la conjoncture suisse. Pas moins de 17% d’entre eux n’écartent pas toute possibilité de récession, contre 2% en mars. Pire: en ce qui concerne la marche des affaires de leur propre entreprise, seuls 30% des cadres financiers conservent leur optimisme pour ces douze prochains mois, alors qu’ils étaient encore 55% au premier trimestre.
«Reste que le moral des entreprises suisses est toujours meilleur que celui des sociétés européennes, à l’exception de la Grande-Bretagne», tempère Michael Grampp, auteur du baromètre chez Deloitte. Les groupes avancent principalement deux motifs d’inquiétude: les incertitudes qui subsistent dans le système financier mondial et le renchérissement du franc suisse. Quelque 39% des CFO sondés tablent sur une monnaie suisse s’établissant dans douze mois à un niveau compris entre 1.30 et 1.40 pour 1?euro et 26% anticipent même qu’il se situera en dessous de 1.30 pour 1?euro. Près de la moitié des CFO s’attendent donc à une reprise nettement plus lente de l’économie suisse en raison des problèmes de change.
A noter toutefois que ce relatif pessimisme contraste avec les dernières statistiques des branches à l’exportation, qui ont bondi de 8,2% au premier semestre, ainsi qu’avec les résultats semestriels publiés la semaine dernière par un grand nombre de firmes – ABB, Liebherr, Lonza, Mikron etc. –, chez qui les commandes sont reparties de plus belle.