La révolte des actionnaires n’est pas contagieuse. Au lendemain de l’assemblée générale historique d’UBS, les propriétaires de Nestlé semblaient davantage se préoccuper des difficultés d’accès au buffet de fin de réunion, ou de la longueur des interventions de leurs collègues, que de la rémunération des cadres ou toute autre tension économique du moment.
Il est vrai que la multinationale veveysanne soigne ses cadres. Elle qui a relativement bien traversé 2009. Elle a ainsi augmenté de 14,3% son dividende, à 1?fr.?60, et lancé un vaste programme de rachat d’actions.
Il n’en demeure pas moins que, une fois encore, l’assemblée générale de Nestlé a servi de caisse de résonance politique. Et pas seulement pour les militants de Greenpeace, entrés en sciant un trou dans le toit du Palais de Beaulieu.
HUILE DE PALME
Les activistes entendaient en fait protester contre l’utilisation par la multinationale d’huile de palme et ses conséquences sur les forêts équatoriales. «Joignez-vous à notre moratoire contre la déforestation, nous serons votre premier partenaire», leur a répondu Peter Brabeck, président du conseil d’administration.
INITIATIVE MINDER
Les dirigeants de Nestlé s’inquiètent, eux, pour l’avenir de la Suisse, domicile apprécié des multinationales. Référence à l’initiative Minder, contre les rémunérations abusives, «qui l’affaiblirait», qui ôterait à la Suisse un avantage, «sa flexibilité juridique», elle qui «n’est déjà plus au sommet de la liste des endroits les plus avantageux fiscalement».
Mais Peter Brabeck, qui a perçu l’an dernier une rémunération totale de 7,4 millions – lui qui, avec 1,4 million d’actions, est un actionnaire individuel important de l’entreprise –, croit en une solution «raisonnable» de la part du parlement et du peuple.
«Il est compréhensible que le monde politique, au vu des erreurs commises, de l’incompétence de certains dirigeants et des excès devenus visibles, se sente forcé d’agir». Mais, a-t-il poursuivi, «les Etats ne devraient pas succomber à la tentation de vouloir bannir les crises par voie de réglementation et enfermer les entreprises dans un carcan réglementaire paralysant». Et de fustiger ceux qui érigent les entreprises cotées en Bourse en «ennemis publics» et les «opposent aux PME».
SWISSNESS
Autre sujet qui préoccupe Nestlé, et plus particulièrement sa filiale suisse: l’évolution des conditions-cadres pour la production entre Alpes et Jura. En marge de l’assemblée, Roland Decorvet, directeur de Nestlé Suisse, s’est une fois encore élevé contre la loi Swiss-ness visant à protéger la Suisse et ses emblèmes de toute utilisation abusive. Certes, «légiférer est nécessaire, mais ce projet de loi va trop loin».
Le chiffre qui fâche: 80%, soit le poids minimum des ingrédients suisses dans les produits finis labellisés. Sauf bien sûr pour ceux qui ne poussent pas ici, comme le chocolat ou le café. Et de militer pour la prise en compte dans le calcul du Swissness – outre une limite à 60% des produits locaux – de la transformation, effectuée, elle, dans le pays.
«C’est cette valeur ajoutée, qui tient compte du travail, de la recherche et de l’innovation, qui a fait la richesse de la Suisse», plaide-t-il au nom de toute l’industrie alimentaire rouge à croix blanche. Car, oui, l’emblème et sa valeur sont importants pour la vente de produits suisses à l’étranger.