INFORMATIQUE

Crise: Logitech raie 15% de ses effectifs mondiaux

Par Emmanuel Barraud le 07.01.2009 à 00:02

Le leader vaudois des périphériques se donne deux semaines pour réviser de fond en comble ses objectifs pour 2009 et 2010. Le site de Romanel-sur-Morges ne sera sans doute pas épargné.

Les ventes de Noël s’annonçaient difficiles. Elles se sont probablement révélées catastrophiques. A deux semaines de publier ses résultats des trois derniers mois de 2008, Logitech, leader mondial des périphériques informatiques basé à Romanel-sur-Morges (VD) et Fremont (Californie), a annoncé hier qu’il révisait ses prévisions pour 2009 et qu’il supprimait, à l’échelle mondiale, 15% de ses effectifs.

Un choc pour l’entreprise fondée par Daniel Borel en 1981, habituée aux bons résultats, qui se targuait l’an dernier encore d’une croissance à deux chiffres quasi-ininterrompue (voir infographie). Et qui venait de fêter la milliardième souris vendue, le 3 décembre dernier.

A l’échelle globale, Logitech fait travailler plus de 9000 personnes, essentiellement en Chine, où une usine de production qu’elle détient à moitié emploie à elle seule 5500 collaborateurs. «Les diminutions d’effectifs annoncées ne concernent que les employés directement sous contrat de Logitech, soit 3500 personnes», précise le service de presse de l’entreprise.

Autrement dit, quelque 500 employés se verront signifier la fin des relations de travail, «dans tous les secteurs à part la production», poursuit Logitech. Qui reste vague sur le sort des 250 collaborateurs vaudois, actifs entre Morges et Romanel. «Ces 15% sont au niveau global, répète la chargée de communication. Pour les détails, on verra…»

Quant à l’avenir des travailleurs chinois, le service de presse ne donne aucune information. Président du conseil d’administration de Logitech, Guerrino De Luca aurait toutefois déclaré à Bloomberg que leur nombre «pourrait être réduit».

Quinze jours de suspense

L’on pourrait bien en savoir plus le 20 janvier déjà. Le développeur de périphériques ne donnera en effet «plus de détails» sur ce plan de restructuration qu’au moment de la présentation de ses derniers résultats trimestriels. «Cette communication en deux temps est étonnante, estime Amy Ils, analyste chez Lombard Odier, à Genève. Ils se donnent sans doute ces deux semaines pour calculer le coût de ces licenciements, l’économie que cela engendrera, et recommencer à zéro leurs prévisions sur ces nouvelles bases». Son confrère Daniel Pellet, chez Bordier & Cie, pense qu’ainsi «ils préparent le marché» à l’annonce de mauvais résultats.

Les deux spécialistes avouent toutefois que cette décision, trois mois après une première baisse des objectifs, ne les a pas surpris. Pas plus qu’elle n’a choqué les marchés: ouvrant en forte baisse (-12,8%), le titre de Logitech à la Bourse suisse est rapidement remonté dans le vert, avant de reprendre sa chute pour clôturer à 16,36 francs (-9,16%).

Mauvais Noël

«Nous savons que les ventes de Noël n’ont pas été bonnes, reprend Daniel Pellet. En outre, nous parlons là d’une entreprise de taille moyenne active dans une niche très particulière, celle d’appareils de grande consommation à moins de cent dollars.» Des gadgets dont les chalands sont prompts à se passer dans les situations économiques difficiles. «Je ne serais pas étonné de voir Apple et Nokia faire prochainement le même genre d’annonces», poursuit-il.

Dans le communiqué officiel, le CEO de Logitech, Gerald P. Quindlen, se montre toutefois très optimiste sur les perspectives à long terme de son entreprise. Soulignant sa réserve de cash et son absence de dettes, il prophétise un Logitech «encore plus fort» lorsque la reprise aura démarré.

Hasard du calendrier, le même jour, Logitech recevait sept prix d’excellence dans le cadre de la grande foire technologique CES qui s’ouvre demain à Las Vegas, dont un pour l’Harmony 1100, sa nouvelle télécommande universelle tactile. Ce qui prouve, selon les analystes, que les fondements de la société et ses capacités d’innovation sont bons.


 

«La crise frappe aussi à Morges»

La Suisse ne devrait donc pas échapper aux mesures prises par Logitech. Le groupe a son siège pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique à Morges - il l’avait inauguré en été 2007 - et emploie quelque 250 personnes entre la ville et Romanel-sur-Morges, un de ses sièges sociaux. Dont beaucoup dans la recherche et le développement. «Nous avons vécu l’implantation de Logitech comme un événement dynamique et dynamisant», raconte la syndique de Morges, Nuria Gurrite. Qui constate dans la foulée que les effets de la crise se font désormais aussi sentir ici, d’où la nécessité de «véritables mesures concrètes» pour lutter contre les effets de ce retournement économique. Et si elle se dit solidaire des personnes qui seront touchées, elle souligne aussi que Logitech a la réputation d’une entreprise qui «sait rebondir». Même remarque de la part du conseiller d’Etat en charge de l’économie, Jean-Claude Mermoud, qui a «pris acte avec regret» de la décision et qui précise que le canton n’est pas encore au courant des détails des mesures prises sur les deux sites.

A.GD

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