D’un extrême à l’autre. L’écart entre le diesel et l’essence sur les colonnes suisses s’est tellement réduit qu’il vire parfois même à l’avantage du diesel. Dire que l’été dernier, près de 30?centimes séparaient les deux prix! On était alors bien au-dessus des 2?francs pour l’un comme pour l’autre. Généralement, rappelle Philippe Cordonier, de l’Union Pétrolière, la différence à la pompe entre un litre d’essence et un litre de diesel fluctue entre 10?et 15?centimes, à la faveur de l’essence. Or, actuellement, différents facteurs poussent l’un à la baisse et l’autre à la hausse.
Le premier facteur est saisonnier. S’est en effet ouverte aux Etats-Unis, la driving season, la saison des vacances qui voit bon nombre d’Américains s’élancer sur les routes, au gré de leurs congés. Et, outre-Atlantique, la large majorité des moteurs fonctionnent à l’essence. La demande augmente sur un marché aux structures rigides, poussant les prix. Bien connu, ce phénomène revient année après année. La question était de savoir s’il allait se répéter en période de crise. La réponse est oui, souligne Philippe Cordonier. Cette année encore en ce début d’été, les prix de l’essence sont solides sur les marchés.
Baisse de la demande
Le deuxième facteur est conjoncturel. La crise a laminé la demande en diesel tant dans l’industrie que dans les transports lourds. Deux des gros consommateurs de ce carburant dans le monde. En Europe, qui roule beaucoup au diesel – et qui produit beaucoup de diesel – la baisse de la demande a donc entraîné celle des prix. «Cette tendance annule donc la bulle économique liée à une forte hausse de la demande qui avait caractérisé le marché du diesel l’an dernier», ajoute Philippe Cordonier.
Le troisième facteur est structurel et se lira à plus long terme. Il se devine dans les chiffres de vente récents des voitures neuves: le diesel attire moins que quand les prix à la pompe étaient au plus haut. Mais aussi, poursuit le spécialiste, car l’écart technique et donc de consommation entre les deux motorisations se réduit avec un certain renouveau des moteurs à essence. Sur les quatre premiers mois de l’année, selon les données d’auto-suisse, les ventes de diesel affichent une baisse de 20,4% (-11,8% pour l’ensemble du marché). Mais preuve que les prix élevés de l’an dernier ont influencé la demande: ces motorisations occupent désormais 33,3% du marché contre 29,9% l’an dernier à pareille époque.
Faiblesse du dollar
Résultat: les prix du diesel se révèlent plus bas que ceux de l’essence, voire à égalité, selon les distributeurs. Le tout alors que les prix du pétrole brut fluctuent à nouveau non loin de la barre des 70?dollars. Soutenu notamment par le faible niveau du dollar et par ce sentiment qui s’installe sur les marchés comme quoi l’on toucherait bientôt le point le plus bas de la crise.